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Le Nouveau Manoir

Orgueil, foi et préjugés

5 Juillet 2009 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

Pendant longtemps, j'ai cru que le droit à des perspectives d'avenir n'appartenait qu'aux diplômés, parce que moi-même j'envisageais de longues études et étais alors suffisamment orgueilleuse pour que l'idée de partager le droit d'accès à certains postes avec des personnes qui n'auraient pas suivi au moins aussi consciencieusement que moi les voies royales de l'éducation nationale me rende furieuse.
C'était là le fruit de l'éducation reçue de mes parents, de l'application que les médias mettaient à véhiculer cette idée et de toutes sortes de pressions absurdement nées dans mon esprit carré de première de la classe.
Sans surprises, le dégoût qui finit par naître en moi du système universitaire m'ébranla beaucoup. En fait de dégoût, il s'agissait plutôt de déception, ajoutée à la perception sensible sur ma personne d'un manque d'adéquation entre les enseignements proposés (moins d'ailleurs leur contenu que leur manière d'être présentés) et ma conception globale de la Connaissance, et plus généralement du Monde et de la Vie elle-même.
Sans être tout à fait ouvertement rebelle, j'avais néanmoins atteint un seuil de légère asociabilité totalement irréversible, seuil au-delà duquel je me trouve toujours aujourd'hui

Lorsque l'on n'a jamais juré que par les études et le désir d'engranger un maximum de connaissances pour pouvoir un jour finir avec joie entre les rayonnages de la bibliothèque d'un centre d'études et de recherches, la soudaine conscience de ce 'dégoût' est vécue comme une véritable catastrophe, une véritable désorientation.

La façon dont je me suis affranchie à la fois de la culpabilité de quitter cet univers qui était jusqu'alors tout pour moi et des préjugés élitistes qui l'avaient faite naître ne m'est pas encore assez claire pour en faire l'analyse précise, mais je sais toutefois qu'elle est passée par l'observation avide des personnes qui me prouvaient par leur parcours et leur détermination que la réussite n'avait pas un mode d'emploi figé. Mais aussi par le rejet compulsif des autres personnes qui me montraient l'inverse, sans les mépriser bien sûr, mais en les évitant autant que possible. Le discours de certains amis me maintenant que les diplômes ne rimaient à rien me consolaient et me consolent toujours, même si je suis tout à fait lucide sur la véracité et la consistance de ces assertions.

Paradoxalement, cette émancipation du beau joug de l'E. N. est autant teintée de détermination et de foi que de l'omniprésence d'une confiance diminuée en mes propres capacités. Aurais-je les capacités intellectuelles nécessaires à la survie dans un cursus universitaire? Voilà la question qui me revient sans cesse en tête sans que je ressente pour autant le moindre désir de savoir ce qu'il en est. Absence de désir, orgueil, ou peur?

Aujourd'hui, alors que je tente de me frayer un chemin dans le monde sans ces diplômes qui, il y a peu, me semblaient plus précieux que des trésors antiques, je suis tiraillée entre le constat quotidien de leur effective utilité (la mention 'bac+2 minimum requis' au bas des formulaires d'emploi) et le véritable acte de foi que je fais de persister à croire que le monde de l'emploi est comparable à ces cahiers de travaux pratiques que nous avions au collège: une page quadrillée pour les démonstrations, les explications et les formules et une autre en vis à vis pour les croquis et les essais. Une voie d'offre et de demande bien rangée, bien nette, bien administrée et une autre, faite de tourbières et de papillons, pour les asociaux légers, c'est à dire les artistes, les aventuriers, les aventureux.
Marginalisation délibérée? Non. La page blanche des cahiers de travaux pratiques n'est pas leur marge: ils en ont déjà une, du côté quadrillé, destinée aux astérisques, aux compléments, aux contenus sommaires, aux inaboutis. La page blanche n'est pas faite pour les compléments et les inaboutis, elle est faite pour les autres perspectives.

Je voudrais participer à ces autres perspectives, participer à leur création, à leur épanouissement.
Je voudrais prouver qu'un autre chemin est toujours possible.

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