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Le Nouveau Manoir

Cardio-pulmonologie de comptoir

11 Novembre 2008 , Rédigé par ISobel Publié dans #Curiosités


...ou
Pourquoi la musique couvre-t-elle la plupart des AJR?



Le cycles de sommeil décalés rendent parfois comme singulier service de permettre des discussions passionnantes avec des personnes de tous milieux et aux goûts qui sortent un peu des sentiers battus.
C'est par leur grâce que j'ai pu découvrir les joies d'un style musical qui n'était pas, il faut bien le dire, dans mes petits papiers, et ce sous le tutorat d'un ami noctambule fort patient.
Mon propos ne vise pas ici à vous faire découvrir le métal (car il s'agit bien de ce qui a lancé la machine), mais plutôt à mettre en lumière un phénomène physiologique curieux observé sur ma propre personne lorsqu'elle est confrontée à un environnement sonore, quel qu'il soit et, par extension, à chercher à comprendre le pourquoi et le comment de nos affinités toutes humaines avec cette indispensable merveille qu'est la musique.

N'étant ni suffisamment orgueilleuse pour me prétendre joyeusement extraterrestre, ni assez saine d'esprit pour m'estimer effectivement saine d'esprit, je vous propose donc de partir du principe que les tests décrits ci-dessous ont eu pour cobaye nul autre qu'une créature isolée portant son lot de singularités non définies et donc qu'ils n'aspirent aucunement à la vérité scientifique qui serait pourtant espérée dans pareille étude.
Pour donner dans la concision et la clarté, disons simplement qu'il ne s'agit en rien d'une étude et contentons-nous de parler d'anecdote illustrée.

Vous pourrez vous-même vous amuser à faire quelques petites expériences diurnes et nocturnes et, si je n'ai pas le métabolisme résolument détraqué, il se peut que vous découvriez vous aussi quelques petites choses étonnantes concernant les effets (in)désirables de la musique sur le corps humain.



Tout a débuté dans mes jeunes années, lorsqu'il commençait à m'être impossible de m'endormir dans un état autre que l'épuisement corporel et mental le plus total. Equipée de mon vétuste discman bleu nuit et de ses écouteurs obèses et peu ergonomiques, je m'étendais sous mes couvertures, un index sur la molette de réglage du volume et les yeux grand ouverts sur le plafond granuleux de ma chambre.

Les notes qui parvenaient à mes oreilles me plongeaient doucement dans un état second proche de l'inconscience et je passais ainsi de longues heures, ni endormie, ni tout à fait éveillée, à ressentir au fond de ma poitrine les paisibles battements de mon coeur tandis que ma cage thoracique se soulevait à l'unisson. En guise de Nota Bene, j'ajouterai que je n'ai jamais vraiment eu des rythmes cardiaque et respiratoire très réguliers: il m'arrive souvent la nuit de ne plus respirer sur de longs intervalles et il n'est pas rare que mon coeur accélère ou ralentisse sans raison apparente. Tout cela pour dire qu'un prodige tel celui qui m'était offert à l'écoute de l'album dont il est question avait de quoi m'épater sérieusement.
C'est donc ainsi que j'ai découvert le lien intime qui pouvait relier un (mon?) métabolisme aux flux qui me passaient par les oreilles, grâce à un album de Sigur Ròs, Agaetis Byrjun.

Les années passant, ce phénomène s'est répété et étendu: il ne suffisait plus à la musique de régler mon mécanisme interne la nuit, elle a donc pris ses droits sur chacun des moments pendant lesquels je lui laissais un accès direct à mes tympans (ce qui revient à dire à propos d'une accro aux appareils de musique mobiles: l'essentiel de la journée).

Votre servante n'est pas du genre à aller se trémousser sur des pistes de danse, mais je présume que mes expériences, qui ne peuvent arriver sous cette forme qu'aux mélomanes nocturnes, sont partagées en une toute autre mesure par ceux qui arpentent les dancefloors, à cette nuance près que, dans mon cas, le mouvement consécutif à l'écoute n'est pas délibéré. On ne peut pas dire que mon muscle cardiaque 'danse' sous les impulsions de mon libre arbitre et soit par là comparable aux mollets embrasés d'un roi des pistes.
Votre servante n'est d'ailleurs pas du genre à se trémousser du tout. S'il m'arrive parfois de sautiller telle Carrie Ingalls dans mes quarts d'heure de folie ou de frapper du bout des doigts un rythme sur la couverture d'un livre, je n'ai pas pour habitude de manifester d'une quelconque façon que ce soit mes émotions musicales. Il est important de le savoir, car cela semble signifier que l'émotion, pourtant présente, se doit d'être exprimée d'une manière ou d'une autre. D'où la farandole de battements cardiaques, d'où le souffle parfois court, parfois surabondant, d'où les syncopes amorcées devant de trop fortes sources de ravissement. D'où, en somme, le caractère vital de toute forme de musique dans une existence telle que la mienne, incarnée en une éponge à vibrations humanomorphe.
C.Q.F.D.


Il n'en fallait pas plus pour me décider à 'tester' cette curiosité.
Un peu d'encens (pour le paysage olfactif, tout aussi important, même si ce n'est pas le sujet du jour), une pièce sombre, une position allongée, l'index et le majeur plaqués sur la jugulaire et les sempiternels écouteurs vissés aux oreilles, distribuant à loisir les morceaux les plus variés, les plus étrangers les uns aux autres.
Hypothèse formée: tout se cale, comme un engrenage bien propret initié par chaque changement de rythme et de thème.
On mouche le bâton d'encens: rien ne change.
On rallume la lumière: rien ne change non plus.
On se relève: les effets sont toujours les mêmes.
Hypothèse définitivement confirmée*: Grands Dieux! Ma cage thoracique est un ampli Hi-Tech!


(*A condition, bien sûr, d'être dans des circonstances raisonnables et non pas en proie à des interférences farfelues: il serait ridicule de faire un marathon avec un morceau lent et aérien en espérant que mes pauvres ventricules de sédentaire restent sages!)


Il n'est donc pas surprenant qu'en plus de l'usage commun qui est fait de la musique, on puisse en développer un second en relation directe avec ses besoins émotionnels du moment. Il ne s'agit pas de faire de la musique une réserve d'ingrédients susceptibles de participer à l'élaboration de potions d'humeurs artificielles (qui voudrait entretenir une dépression ou se rendre délibérément agressif?), mais au contraire, de l'exploiter dans le but de rééquilibrer un panel d'émotions trop fortes.
Je ne dis pas non plus qu'on ne peut pas de temps en temps se laisser aller à quelques bénéfiques implosions cardiaques: c'est très sain et imbattable pour se sentir vivant!


Utilisons Björk et son charme islandais pour illustrer partiellement ce propos.

Pour canaliser la colère, sans toutefois tenter de la réprimer

Découvrez Björk!


des cordes électroniques perchées qui régulent l'irritation, des percussions saccadées, soutenues par d'autres, sourdes, qui invitent au mouvement, un texte renvoyant à ses bas instincts de chasseur, une voix sans violence mais ferme...



Pour évacuer le stress

Découvrez Björk!


le morceau se passe de commentaires, mais s'il en faut: motif répétitif enrichi à chaque cycle, alourdi, accéléré, une voix qui éclate, texte évoquant prise en main, renouveau et décisions irrévocables...




Pour la contemplation


Découvrez Björk!

bruits naturels, voix aérienne, carillon discret, rythme peu marqué, tout ce qu'il faut pour entretenir une certaine paix intérieure...




Pour se mettre en joie

Découvrez Björk!


que ceux à qui ce morceau ne donne pas envie de devenir Françoise Dorléac dans Les Demoiselles de Rochefort me jette la première pierre...!




Les exemples de la même veine font foison.
Je n'ai pas utilisé Björk de façon fortuite. La première raison est sans doute que je l'apprécie immodérément, mais pas seulement. Une partie de la 'théorie' farfelue que je tente de découvrir ici est illustrée par son travail et en particulier celui conjoint avec Lars Von Trier dans l'excellentissime Dancer in the Dark. Ce film voit son héroïne tisser intégralement sa vie comme une comédie musicale, utilisant et combinant les sons du quotidien et les rythmes qu'ils forment pour trouver un palliatif fantasmé à la dureté de son existence. C'est le même processus, seulement un peu plus poussé. Le son entre, éveille des mécanismes, qui engendrent non pas ici une intériorisation spectaculairement égoïste, mais au contraire, sont extériorisés à l'extrême, englobant tout, jusqu'à la réalité elle-même.




Pour en revenir brièvement à l'inspiration de cet article qui, ne l'oublions pas, était une série de discussions nocturnes avec un métaleux complet et averti aux influences variées, je vous laisse imaginer l'état d'un coeur après ce traitement !


Découvrez uneXpect!






Mais voilà, nous ne sommes toujours pas arrivés là où je voulais vous emmener.
Le sous-titre de cet article était: ''Pourquoi la Musique couvre-t-elle la plupart des AJR (les 'Apports Journaliers Recommandés', comme ceux qui ont, depuis l'invention des céréales matinales, contribué à vous faire préférer telle marque à telle autre)?'.

Un être humain normalement constitué (admettons arbitrairement que j'en fasse partie) et à la sentimentalité équilibrée (idem) dispose d'une sorte de 'jauge' interne qui se remplit au fur et à mesure des émotions ressenties. Je vous pose cela comme une évidence et de façon très grossière et imagée, mais pour ma défense, je n'ai toujours pas de prétention scientifique sur le sujet: c'est à peine un constat généralisé suite à une observation tout à fait subjective, bien que scrupuleuse, du monde qui m'entoure. Des professionnels du corps médical sauraient sans doute l'exprimer de façon plus sérieuse et convaincante, mais je ne cherche pas non plus à séduire ce public. Bref. Cette 'jauge', si elle n'est pas assez remplie, fait de son détenteur une créature souffrant de carences, tandis que trop remplie elle a tendance à engendrer une surémotivité tout aussi néfaste.
Je ne rentre pas dans le charlatanisme théorique en affirmant que la musique a, selon les personnalités, un rôle plus ou moins conséquent mais certainement pas anodin.
Plus qu'un 'ornement utile', la musique devient vite un matériau indispensable à la construction émotionnelle d'une personne, surtout à notre époque où le sentiment vrai est souvent remplacé (à son grand désavantage) par le sentimentalisme artificiel.
Quittons d'un oeil mes fantaisies cardio-pneumologiques pour le poser sur cette problématique plus générale et constater que, si la musique (en tant que succession de sons et pas en tant que verbe véhiculé par mélodie) est capable, plus que tout autre art, de réveiller en chaque personne des sensations suffisamment intenses pour générer d'importantes réactions physiologiques, elle peut tout à fait pallier efficacement à la plupart des besoins émotionnels d'un être humain normalement sensible (je vous passe les détails dans le cas où l'humain en question est un hyper-sensible de naissance!).


re-C.Q.F.D.



et en guise de redondance récréative, je vais maintenant répondre à la question non posée: 'Pourquoi la Musique Baroque couvre-t-elle la plupart de mes AJR?'


Anti-colère

Anti-stress

Anti-vide

Anti-nonchalance (ou pro-joie de vivre, c'est selon!)



Pro-contemplation

Pro-énergie

Pro-émotivité active



etc, etc, etc...

Alors? pas volé ce C.Q.F.D.!





En annexe et pour prouver que je ne suis pas la seule à palabrer sur les effets réels ou supposés de la musique sur le métabolisme:
http://www.psychomedia.qc.ca/pn/modules.php?name=News&file=print&sid=3857
http://www.musico-therapie.com/mapage1/index.html

Commenter cet article

E 07/12/2008 02:09

Bonjour ! Comment vas-tu ? Aurais-tu des news de Chantal stp ( ki komtoi ma zappé sans explications :-( ! ) ? Merci bcp d'avance et jtembeteraiplu apres ! J-D