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Le Nouveau Manoir

Joanne d'Hevenhel, partie 1

25 Janvier 2011 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

 

Ce texte est vieux. C'est bien sûr une notion relative, puisque son auteur n'a que vingt-cinq ans, mais proportionnellement à cette longue courte existence, il s'agit d'un vieux texte: il fête ses pluzoumoinsept ans.

Il est extrait d'une série de nouvelles qui devaient initialement être regroupées dans un recueil accompagnant un grimoire entièrement illustré, calligraphié et relié par les mains passionnées de trois amis de lycée, séparés ensuite pour diverses raisons... Je tiens à sortir ce reliquat des recoins poussiéreux de mon PC parce que les travaux divers qui l'ont accompagné me semblent redevenir significatifs aujourd'hui, alors que j'ai enfin cessé de vouloir prétendre à être une grande personne sérieuse.

 

Il va y être question de Vampires et de Fées et encore, vous n'aurez pas tout vu une fois cette lecture finie: remise en contexte, on y trouverait aussi des Elfes, des Mages et des Sorcières, ainsi que des créatures aux noms imprononçables en langage des Hommes!

 

Âmes trop cartésiennes, s'abstenir!

 

 

L'illustration n'est pas d'époque. Il s'agit d'ailleurs en réalité du croquis préparatoire de l'illustration voulue, griffonné la semaine dernière après une série de cafés et avant une série de chocolats chauds, dans une petite brasserie du Xè arrondissement de Paris...

 

 

Hevenhel.jpg

 

L’aurore arrive. J’ignore ce que vous pensez des soirées dites gothiques, si vous en avez jamais vécu, mais pour ma part, je les trouve horripilantes. Il y a quelques années, voire quelques siècles, elles étaient entièrement intéressantes, regorgeant d’êtres à la spiritualité transcendante, encore renforcée par l’atmosphère de mystère dans laquelle ils baignaient jour après jour. Mais maintenant, on n’y trouve pour la plupart que des adolescents bardés de clous et de khôl, portant autour du cou ou imprimés sur la peau des symboles dont ils n’ont jamais appris la réelle signification. Nous ne sommes plus beaucoup à avoir le pouvoir de former de nouveaux esprits aux arts et coutumes Vampires. Plus exactement, nous ne sommes plus beaucoup à vouloir revenir dans le monde sensible pour chercher d’autres de nos semblables égarés au temps de la Chute ou à moitié réveillés par nos Anciens. La vie ici est devenue inconfortable car rares sont ceux qui croient encore à la force de leur esprit et lui permettent de s’épanouir sans passer pour fous ou tomber dans de désolants extrêmes.

Quand je suis née, il y avait encore quelque chose de pur et de frais dans ce monde. Oui, c’est ici que j’ai vu le jour, ici que j’ai appris l’existence des Royaumes Rouges et d’ici que je suis partie pour rejoindre les terres porteuses de la véritable essence de ma nature. Je ne suis pas directement originaire des Royaumes Anthréïdes, mais ce qu’on appelle une ‘convertie’, même si ce terme est éminemment inexact. Convertir équivaut à changer la nature même d’une personne et je n’ai pas l’impression d’avoir été en aucune manière modifiée ou pervertie, au contraire : je suis retournée à ce que j’étais. A ce que chaque goutte de mon sang m’appelait à être.

Il y a quelques jours, j’ai retrouvé au fond d’un vieux tiroir le premier semblant de journal intime que j’aie jamais commencé. Il s’agissait d’une liasse de papiers très fins extrêmement rares pour l’époque,  fabriqués par un sorcier du royaume de mon père, quelques mille trois cents ans avant aujourd’hui et reliés par une simple feuille de cuir. Cet attirail ne m’a pas quittée pendant quatre nuits. Seulement quatre nuits, mais quatre nuits qui ont tout signifié. Je venais alors d’avoir dix-neuf ans... Je vous en fais la lecture.

 

Journal de Dame Joanne Hevenhel

 

Premier Jour

 

Dix ans aujourd’hui que ma Dame, ma Mère, a quitté ce Monde le jour de mes neuf ans. Voilà de bien tristes anniversaires... C’est vers elle et ses sages paroles que mes premiers mots déposés ici s’envoleront.

Au réveil, ces fines pages étaient posées au pied de ma porte, portant le sceau de Seigneur Sillmàr. Ses présents me font toujours un plaisir immense. Il a, parmi d’autres, le don de toujours savoir ce qui m’apportera le plus grand bonheur : ici, un témoin passif du curieux défilement du temps et des sursauts de mon âme.

Père m’implore de sortir aujourd’hui, profiter de la clémence des vents pour, comme il dit « leur offrir la force de mon jeune âge » ! C’est une chose que Mère devait souvent lui suggérer, car il ne me semble pas que Père ait jamais été de ces personnes à croire aux esprits de la nature. Il fait plutôt part de ceux qui croient en la robustesse du corps, la précision des armes, la détermination et le courage. C’est ce qui fait de lui un Seigneur si droit sans doute. Depuis le départ de Mère, il se plonge à corps perdu dans ses fonctions, ne cesse de conquérir des terres sauvages, repousser des ennemis qu’il m’arrive de croire qu’il a voulu s’inventer, et ce jeu incessant le rend heureux, semble-t-il.

Il me faut laisser les pages de Maître Sillmàr pour l’instant, les vents et leur besoin de force juvénile m’appellent !

 

Le Chevalier Alland est d’une exquise gentillesse. Alors que je croisais sa route peu avant le chemin menant à Bourg Hevenhel, il a discrètement tendu à ma suivante une couronne de roses blanches et de lys. Lazora m’a même dit en me la remettant qu’il avait rougi, ce qui somme toute est fort inconvenant pour un Chevalier, mais qui n’a eu pour autre résultat que celui de me faire sourire. Je sais qu’il nourrit certains espoirs me concernant, mais tant que je parviendrai à retenir ses intentions, je me sentirai sereine. C’est étrange, Père et lui ne me font de présent qui ne soit blanc comme la neige. Et parfois, surtout au moment de m’endormir, lorsque mon âme se trouble, je ne me sens pas de si immaculée condition. C’est comme si tout autour de moi, le monde essayait de forcer la cloison de mon corps pour s’y blottir, et je ressens alors une faim comme jamais je n’en ai ressenti : un vide absolu qui se creuse partout en moi et que ni eau ni pitance ne sauraient combler, un contraste terrible entre la densité de l’extérieur et le vide qui m’emplit. Je sens que quelque chose est en désaccord avec l’image que Père a de moi. Peut-être essaie-t-il aussi par ses blancs présents d’apporter une maigre consolation à son désespoir de me voir couverte de cette chevelure de jais alors que lui et Mère étaient si blonds. Quant au Chevalier Alland, sa compagnie est charmante et sa bravoure immense. Et son visage, il est celui du plus noble guerrier, mais quelque chose m’empêche de rejoindre la vie qu’il me propose, confite dans cet amour que le temps refroidira en allant et venant autour de nos futurs enfants. Je ne sais pas pourquoi, mais les aspirations des jeunes filles de mon âge ne sont pas miennes. Les fabuleuses histoires de ma Mère m’appellent à les rejoindre dans mes rêves ! Peut-être mon rôle est-il d’avoir une tendre progéniture à qui transmettre la béatitude de connaître tous les secrets des plus puissants mages et des plus belles créatures peuplant les bois d’Hevenhel...

 

Dorénavant, j’emmènerai partout avec moi la beauté d’ivoire de ce papier, ainsi qu’une plume et une bouteille d’encre.

 

Il est agréable de rédiger dans une atmosphère où la nature règne en maître. En me promenant à la lisière de nos bois, j’ai cru entrevoir quelque farfadets, ou peut-être s’agissait-il de lutins ? Ce qui est curieux, c’est qu’en me voyant, ils se sont enfuis. Dans mon souvenir il ne me semblait pas que les petites créatures de Mère Nature fuyaient à l’approche des vierges et des enfants. Il se peut que ce soit cette chose étrange qui était posée à la cime d’un cyprès qui les ait fait partir. Mère me racontait souvent que les jeunes filles encore pures étaient considérées au même titre que les autres enfants de Dame Nature, les licornes, fées, nymphes et toutes autres choses nées de son souffle.

En regardant dans la direction des cyprès pour voir si la petite ombre noire y était toujours, j’ai aperçu un tissu qui brillait et que je n’avais pas remarqué tout à l’heure, alors je suis allée le chercher. Il s’agit d’une magnifique écharpe de soie couleur de lait, bordée d’un fin ouvrage en fil d’or et ornée d’un H, fait du même matériau. Exception faite d’une petite tache rouge de la taille de l’ongle d’un pouce dans le coin, elle est parfaitement propre. Je ne sais pas qui a pu l’égarer ici, mais la tentation est forte et le hasard trop grand : elle porte l’initiale de mon nom ! Je vais l’emmener avec moi. Si j’entends qu’on la réclame, alors je la rendrai.

Il est grand temps pour moi de m’en retourner au château. Père a dû convier nombre de personnes pour les festivités de mon nouvel âge et je ne peux décemment pas m’y soustraire...

 

Deuxième Jour

 

Il était très tard lorsque je suis montée à mes appartements, et j’ai retrouvé sur mes draps le foulard de soie et d’or. Il m’a même semblé que la tache rouge avait grandi. La nuit a été affreuse. Peut-être les vapeurs des breuvages me sont-elles montées à la tête, je ne sais pas, tout ce dont je me souvient, c’est de cette sensation d’oppression, plus forte qu’à l’accoutumée, et cette faim qui n’en finissait pas de grandir. Quand j’ai soulevé la toile qui m’abrite pendant la nuit de la lumière des torches et des bruits de l’extérieur, la vision du soleil m’a horrifiée. Voir cet astre qui donne tant de lumière sans rien attendre en retour me blesse. Voir sa manière totalement désintéressée de nous envoyer toute sa bénédiction me déchire. Savoir que la lumière qui m’a toujours offert la vision des plus beaux paysages ne me donne plus qu’un sentiment d’incompréhension sans limites est une trahison affreuse. Je sens, aujourd’hui, à quel point lui et moi sommes différents, sans trop connaître la nature de cette différence, mais je la ressens si fort que je n’ai pu m’empêcher de tirer à nouveau le rideau sur l’ouverture.

 

Aujourd’hui, je vais essayer de me montrer à la hauteur de mon âge et penser à me construire un avenir avec un jeune et courageux Chevalier. Mes pensées changent beaucoup de celles que j’ai pu coucher ici hier, mais toute une nuit ou presque de sermons paternels, tantôt succédés par ses menaces d’hyménée forcée, m’ont fait prendre conscience de l’urgence de le rassurer en trouvant quelqu’un à qui ‘accorder mes tendres faveurs’.

Tout d’abord, forcer le hasard à me faire croiser le Chevalier Alland.

 

 

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Le hasard qui d’ordinaire nous pousse l’un l’autre sur les mêmes routes semble s’être lassé de mon entêtement à le déjouer. Peut-être ma vision me joue-t-elle des tours ? Ce qui ne m’étonnerait pas, sachant que l’impression de voir grandir cette curieuse tache sur le foulard de soie persiste. Je relis les quelques lignes déjà écrites hier et remarque que j’ai comparé la grosseur de la marque à la largeur de mon ongle. Si tel était alors véritablement le cas, oui, la tache a grossi. Je me demande quelle étrange substance a ainsi le pouvoir de s’étendre pendant plusieurs jours après avoir séché.

Le soleil est dissimulé derrière d’opaques nuages gris, j’en suis soulagée.

 

 

Je reprends la plume pour relater un fait troublant. Je me suis assoupie un instant tout contre l’écorce d’un arbre, le visage sur le foulard, et voilà que j’ai rêvé que je voulais le dévorer…

 

Une chose étrange vient d’arriver. Alors que je trempais ma plume dans la  bouteille d’encre, une créature descendue du sommet de l’arbre est venue tourner autour de moi. Je crois qu’il s’agit d’une pipistrelle, elle était semblable à ce que mon père m’a jadis décrit en revenant d’une de ses guerres fictives. Mère également m’en avait parlé, me disant que cet animal démoniaque ne fréquentait jamais que les forces occultes qui nous régissent lors de nos plus difficiles moments. Il m’a semblé qu’elle me regardait, mais je ne saurais trop l’affirmer.

Je me sens éreintée. Il est temps d’éprouver la tendresse des hautes herbes et de me laisser guider par le doux murmure de Mère Nature vers les abyssales profondeurs du sommeil.

 

Cette fois-ci, je suis sûre que je n’ai pas rêvé ! A moins que je ne sois plus en mesure de séparer rêve et réalité, à force de ne cesser d’osciller entre sommeil et éveil. La chauve-souris m’a parlé et d’une étrange façon, je l’ai comprise... J’étais sur le point de m’endormir quand je l’ai vue tourner autour de moi et me donner d’étranges injonctions… Touche le sang… respire le sang… goûte le sang… Respire… touche… respire… bois… Tous ces mots qui maintenant me hantent, jetés sur moi par cet improbable regard ailé. Quel sang ? Pourquoi veut-elle que je le boive et le touche ? Pourquoi le respirer ? Que me veut-elle ? Derrière ces yeux minuscules brille la plus intense lumière, lumière que le pelage noir de l’animal laisse échapper, comme l’orifice de la plus petite serrure dans une porte massive laisse filtrer l’éclat du festin qui a lieu de l’autre côté. Mais pourquoi goûter le sang ? Je vais rentrer au château et peut-être respirer quelques onguents. Le trouble m’envahit.

 

Rien n’y fait, je suis en proie à d’affreux maux de tête et alors que je revêtais l’habit ivoire que Père m’a fait faire il y a quelque douzaine de lunes de ça par un tailleur du Bourg, je me suis sentie comme déchirée de l’intérieur, de la tête aux genoux, et l’espace d’un instant, j’ai senti une faiblesse immense dans tous mes membres, une faiblesse qui ma jetée au sol. Je pense qu’il me faut un peu de repos, et avant d’essayer de clore les paupières, je vais aller manger un peu et boire un peu de vin, que la tête me tourne et que je n’aie plus ces horribles pensées toutes reliées à ce sang et à cette immonde bête au corps noir.

 

Je n’ai rien pu avaler, et le vin n’avait pas plus de saveur qu’il n’a d’effet. Je vais dormir.

 

Troisième Jour

 

Mère, pourquoi m’apparaissez vous en rêve ? Pourquoi m’avoir abandonnée...

 

Le foulard est maudit, la tache le recouvre presque entièrement aujourd’hui, et il a l’odeur aigre du sang. Une odeur si particulière, si chaude. Comment se fait-il, s’il s’agit bien de sang, que celui-ci soit resté si rouge ? Comment a-t-il pu ne pas vieillir ? Je vais le ramener à l’endroit où je l’ai trouvé et espérer que l’esprit malin qui l’a mis sur ma route viendra le reprendre et l’emmènera le plus loin possible de ma vue. Je sens cette odeur m’envahir.

 

Me voilà de retour, haletante, le foulard gît quelque part sur un rocher à l’entrée des bois, et la chauve-souris a essayé de m’attaquer, elle cherchait à arracher mes cheveux. J’ai couru jusqu’ici sans reprendre mon souffle, sans me retourner sur la créature qui me suivait.

 

A ce que je peux en juger maintenant, ce que je prenais plus tôt pour de l’effroi ressemble beaucoup plus à de l’excitation. Cette nuit, Mère me disait de suivre sa route et de ne pas me laisser tenter par les forces sombres qui essaient de pervertir chacun des nôtres. Je ne sais pas ce qu’elle entendait par ce terme, mais il semblerait que nous ne soyons pas comme tout le monde. Quoi qu’il en soit, quelque chose commence à prendre possession de moi et je ne saurais y résister, parce que ma volonté est trop faible pour cela. Il semblerait même que ma volonté me pousse à me soumettre à l’appel de mes entrailles. Cette faim que je ne comprends pas, ce désir grandissant de comprendre tout et tout le monde, de tout maîtriser, de tout surplomber... Suis-je possédée par un démon ?

 

Je suis allée questionner Père sur Mère, et c’est en me tendant un collier de cristal façonné par l’orfèvre du château, qu’il a voulu éluder le sujet. Mais j’ai insisté. Il a fini par me souffler dans une confusion très inhabituelle que Mère avait un « éclat spécial, quelque peu magique qui lui venait de sa vie d’avant» mais qui s’était « comme évanoui au fil des ans ». C’est là que j’ai appris que contrairement à ce qu’ils avaient toujours prétendu, ils ne s’étaient pas rencontrés au seizième anniversaire de Père, mais bien plus tard, dans leur vingt-troisième année. Père a détourné une fois de plus la conversation. Mais j’en saurai plus, même si pour cela je dois questionner tous les mages du royaume et me mettre à pratiquer les arts sombres auxquels je ne connais encore absolument rien.

 

Seigneur Sillmàr reste introuvable. Je ne serais pas étonnée que son absence ait été préméditée. Je sens à nouveau la faiblesse m’envahir... Lazora m’aidera à prendre un bain. J’ai besoin de repos... Et puis j’ai faim, je suis affamée. Et rien ici ne peut me satisfaire. Les volailles me donnent la nausée, le vin me repousse. Et quelque part dans la nuque, là où naissent les cheveux, je ressens un malaise que je ne nomme pas. Dans ma tête, sous la peau de mon visage, partout où les sens se mobilisent, me revient le souvenir de ce foulard d’ivoire, maculé de ce sang ensorcelé qui ne vieillit pas. Ce sang toujours frais à l’odeur lourde comme le fer. Devant le manque, j’ai pris une décision : il me faut retrouver ce foulard, au moins pour le garder près de mes lèvres quelques maigres instants, j’en ai besoin. J’ai besoin, tout autant, de comprendre qui était Mère. Mais pas maintenant, il faut que je reprenne des forces, mes jambes ne me soutiennent plus.

 

Quatrième Jour

 

Mère m’est apparue. Mon dieu. Je ne pouvais imaginer... Ma Mère. Dame Hiczah ? Par tous les dieux et esprits de ce monde... La pipistrelle… Et le sang qui coule dans mes veines, ce sang vicié... Si délicieusement perverti... Comment se fait-il que Père... Dame Hiczah d’Heleborres...

Je comprends maintenant. Je comprends la soif, le sang et le désir de possession...

Père a essayé de me garder dans le monde de la pureté, mais je ne suis pas pure, je le pressentais. Mon cœur me disait que je n’étais pas cette fleur immaculée que lui et le chevalier Alland voyaient. Père le savait-il ? Tout me semble tellement plus clair maintenant, d’une évidence hors du temps et de toutes ses promesses de changement. Il me faut retourner au bois d’Hevenhel et trouver Dame Hiczah, seule elle saura me dire comment rejoindre ces terres qui m’ont vue naître alors même que mon enveloppe charnelle ne s’y trouvait pas.

 

Ce qui dormait dans mon corps, comme en gestation, pendant toutes ces années est ce autour de quoi je me suis construite et jamais, jamais Mère, je ne pourrai m’en détacher. Vous savez Mère, combien la force de ce que vos tâtonnements –oserais-je dire égarements ? ont mis en vous, puis en moi est immense. Vous savez que rien ni personne ne pourrait me ramener à une vie de morosité et d’ennui, puisque vous-même n’avez pas su vous en contenter. Vous aimiez Père. Un peu. Assez pour me concevoir. Mais vous étiez une créature d’un sang différent, une fille de Dame Nature elle-même, un esprit libre qu’un humain a enchaîné dans des liens d’argent et de soie. J’ignore si même la mort que vous avez provoquée aura suffi à libérer votre âme. Je n’attendrai pour ma part pas d’avoir envie de disparaître pour être libre. Je ne suis pas comme vous, Mère. Je ne serai jamais vous. Je veux vivre : je choisis de vivre.

Mon esprit possède la clef maintenant.

 

 

(la suite, ici)

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