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Le Nouveau Manoir

Time And Relative Dimension In Space

6 Janvier 2009 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

Une cabine de police anglaise des années 5o, des gadgets soniques, un vaisseau spatial fait de bric et de broc dans lequel on boit un thé en regardant sa montre à gousset, des visions intergalactiques, des séjours chez Shakespeare et Agatha Christie, l’explosion d’un système solaire, un fish & chips au bord de la Tamise… Y avait-il une seule microscopique chance que cette série ne finisse pas par me toucher? Le Docteur vient de Gallifrey, planète des Seigneurs du Temps dont les dômes de verre et l’herbe rouge étincellent sous deux soleils jumeaux. Gallifrey ayant été détruite lors d’une guerre, il est le seul de son espèce qui demeure et doit prendre la fuite à bord d’un vaisseau spatial ayant l’aspect extérieur d’une cabine de police bleue. Voilà ce qu’est le Docteur, voilà ce qu’est son monde : une grosse bouchée d’absurdité et de kitscherie britanniques saupoudrées de cette élégance et de cette gravité que seuls des esprits profondément humains peuvent engendrer.
Le Docteur. Doctor who ? Precisely.



On peut rire de cet attachement à des chimères nées de l’imagination d’une poignée de scénaristes farfelus et par là, reprocher à ceux qui s’en entichent d’être déconnectés de la réalité, mais la réalité a-t-elle d’autre corps que celui que chaque individu lui donne ? La réalité est-elle fondamentalement réduite à cette pincée d’éléments : travail, nourriture, sommeil ? Pour y échapper, n’avons-nous que les loisirs ou encore le loisir suprême : la famille, celle que l’on passe la moitié de sa vie à quitter, ou celle que l’on passe l’autre moitié de sa vie à créer ? N’y a-t-il pas autre chose, quelque chose de plus juste pour des esprits plus poreux et avides que les tonneaux des Danaïdes ? La réalité ne peut-elle pas justement être cela si c’est ainsi qu’elle se présente à soi au premier coup d’œil : des voyages incessants n’importe où, n’importe quand, avec n’importe qui, tout ce qu’il faut pour remplir cette âme affamée ? N’y a-t-il pas assez d’êtres humains à qui notre réalité suffise pour permettre à une poignée de fous le luxe d’aspirer à autre chose et de s’y perdre si cela peut leur faire plaisir ? Les sauver ?


Il ne s’agit pas du stérile désir d’impossibles voyages dans le temps, ni de voyages dans l’espace, ni de la découverte d’entités extraterrestres, il s’agit seulement d’un corps et de l’esprit qui lui est conjoint, figés dans une réalité qui leur est insupportablement insuffisante. A chaque instant, chaque seconde, chaque heure de chaque journée, l’irrésistible impulsion qui dicte à un individu que sa place est ailleurs. Aucun attachement, aucun autre attachement que celui, si ferme, qui nous relie à la seule chose (à la seule personne en vérité) ayant le pouvoir de nous apaiser, sans pour autant nous donner la garantie que cela suffira (mais qui sait ?). Car oui, comment peut-on à la fois avoir le sentiment d’appartenir au passé et à l’avenir, mais jamais à son présent ? Comme si, à chaque seconde, on était tiré dans l’une ou l’autre de ces dimensions temporelles ? Pire, comme si chaque expérience vécue par autrui et relatée dans un livre ou par un quelconque autre moyen faisait écho de la plus incroyablement juste façon en soi, dépassant de loin le simple concept d’empathie ? Comment peut-on appartenir simultanément à un ailleurs et au centre même de sa personne, sans jamais appartenir à un ici ? Voir chaque nouveau paysage, chaque nouveau ciel avec un profond émerveillement plus proche du déjà-vu que de la découverte, plus proche des retrouvailles avec une matière connue et aimée que d’un lever de rideau sur une vision entièrement nouvelle ? Quel phénomène peut nous faire fondre pour le son du luth, autant que pour celui des percussions électroniques ? Quel démon de l’inertie a le pouvoir de nous river au sol lorsque l’on brûle (littéralement) de la nécessité du mouvement, permanente, grandissante ? Quel démon du paradoxe nous tente par les visions d’une vie rangée tout en nous imposant le besoin de fuite solitaire ? Quel monstre de contradiction nous aimante aux livres tout en nous dégoûtant des voies pavées qui nous enseignent leurs contenus ? Quel farfadet cruel nous gratifie d’un sentiment d’immortalité neutralisé par la conscience de l’imminence de toutes fins ? Quel ignoble tyran nous fabrique capables de tant d’amour et nous pousse à refuser de donner sa plus belle forme à ceux et celles qui le demandent, quel ignoble tyran nous rend exclusifs, tendus sans aucun bon sens vers le seul havre que l’on ait, un jour ou un autre, identifié, qu’il soit consentant ou non, libre ou non ?


Sauvage et domestique, dévoué et insaisissable, ailleurs, condamné à perdre les personnes que l'on aime et/ou qui nous aiment parce qu'elles ne peuvent pas nous suivre dans ce voyage solitaire de l'âme à travers le temps et l'espace, ce n'est pas la malédiction de ce seul personnage de série, Le Docteur. D’ailleurs, un personnage de fiction peut-il être maudit ? N’est-ce pas plutôt, globalement, le lot du commun des mortels... et en l’occurrence de ce mortel-ci, celui qui s’adresse à vous, maintenant, ici, dans un des rares moments où sa présence est totale.

Ceux qui liront ces lignes riront peut-être un peu, ou encore se laisseront aller à une manifestation d’empathie pour ce pauvre esprit noyé dans ses chimères, si éloigné du ‘monde réel’. Je ne pense pas mériter l’une ou l’autre réaction. Je ne pense pas mériter l’énergie d’un jugement. Je me contenterai de paix et de la liberté de pensée dont ma nature humaine me permet de jouir. Cependant, si quelqu’un tient malgré tout à poser un œil critique là-dessus, qu’il lise ce qui suit avant de donner son verdict.
Ce n’est pas seulement le vague fantasme d’une vie plus vaste, plus dense, plus belle qui me pousse à écrire ici, mais plutôt la conscience d’une incarnation pour une fois à 1oo% fidèle à ce qui vit en moi. Tous les temps, tous les mondes, toute cette palette d’émotions dont chaque échantillon a le pouvoir de renverser, d’élever ou de tuer, en un battement de paupières. De toutes mes forces, je souhaite pouvoir interdire à chaque personne dont l’esprit serait traversé par cette idée de tenter de me dissuader de battre des paupières autant que je le voudrai. Je battrai des paupières sans jamais m’arrêter.

C’est ma solution, ma vie, mon choix..

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Siri 22/01/2009 16:14

Il est rare de trouver quelqu'un qui coïncide à nos attentes. C'est une chance qui justifie les efforts déployés pour qu'elle se concrétise. Mais ce doit être alors une rencontre réciproque. sans cela, l'impression de "fidélité" tient de la projection fantasmatique. Il faut sans doute s'assurer des sentiments ou des intentions de l'autre avant de faire son deuil. Mais alors, il convient de le faire vraiment.

ISobel 22/01/2009 19:17


Dommage que je ne connaisse personne qui se fasse appeler 'Siri'... Une parole si sage et si juste à un moment si approprié, pourtant si peu en rapport avec l'article sous lequel elle se trouve
aurait mérité un bouquet de fleurs ou une boîte de chocolats éléphantesque... Je suppose qu'un merci devra faire l'affaire.


temps 06/01/2009 05:42

Chacun sa réalité temps qu'elle ne porte pas tord à autruit.Chaque artisant a sa technique, chaque artiste a sa technique, chaque physicien a sa technique puisque pour être physicien il faut inventer un outil propre à modéliser ses découvertes.Cordialement