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Le Nouveau Manoir

Passages

18 Septembre 2008 , Rédigé par ISobel Publié dans #Curiosités

Comme vous le dirait n'importe quelle personne ayant déjà travaillé à l'élaboration d'un spectacle, quel qu'il soit, une création ne se révèle pas pendant les répétitions, fussent-elles a priori d'une absolue perfection. Quelques milliers des détails qui composent une œuvre de l’esprit prête à prendre corps ne prennent sens que dans la tension ultime du moment ‘M’. Ainsi, vous pouvez avoir assisté aux huilages de chaque rouage de la mécanique d’une pièce, en avoir vous-même forgé une partie, votre enthousiasme ne trouvera de raison d’être et (surtout) d’avoir été que durant les quelques minutes de sa représentation devant un public.

Je pars de ce constat un tantinet vague, non pas dans le but de palabrer dans l’absolu sur les effets et impressions nés de la création artistique, mais plutôt pour souligner l’importance d’une expérience ponctuelle dans la vision que l’on peut avoir d’une œuvre et plus spécifiquement de l’œuvre dont il va être question, car c’est elle et nulle autre qui aura engendré et modelé cette initiative.

 

Il me faut humblement admettre que ce n’est pas en experte que je vais parler ici de Passages : on ne peut pas trouver plus étrangère que moi aux théories sur le théâtre contemporain, ni d’ailleurs simplement aux théories dans leur globalité. Je n’ai pas non plus la moindre idée de ce qui a fait germer cette idée dans l’esprit de Marie-Carmen de Zaldo et encore moins la prétention d’en avoir seulement saisi les tenants et aboutissants. Pourtant le résultat est là : efficace et émouvant pour moi, comme peuvent l’être toutes les œuvres de l’esprit sur diverses subjectivités, avec peut-être un petit plus, une petite chance supplémentaire de toucher un peu davantage de ces subjectivités.

 

On verra dans Passages :

Angèle Lemort, comédienne, mime et chorégraphe

Eléonore Bovon, comédienne, chanteuse et compositrice

et

Mélanie Brégant, musicienne, et son accordéon.

 

Pour plus de détails sur elles, consulter le site officiel de la Compagnie Les Accordéeuses.

 

     

 

 

Au portes d’un monde entre la vie et la mort, ni tout à fait réel, ni tout à fait fantasque, une masse atemporelle creusée de galeries, deux femmes portent sur scène les témoignages de leurs existences. Chaque individu sur cette Terre fait partie d’une généalogie, mais elles ne se contentent pas de cela : elles incarnent leurs généalogies respectives, ancêtres, descendances et contemporains s’entremêlent dans les deux mêmes corps et forment un tout. Deux comédiennes, deux femmes et pourtant, on voit défiler sur scène tous les âges. Une fillette se promène, l’âge courbe le dos d’une vieille dame, un nourrisson sommeille dans le ventre maternel, des talons de femme mûre claquent le sol.

Autant de passages, d’un âge à l’autre, d’une personnalité à l’autre, qui ne marinent pourtant pas sans fin dans un grave et poisseux creuset à réminiscences : et c’est là toute la virtuosité de l’affaire. Le mime précis et inspiré d’Angèle Lemort, ses regards éloquents, sont équilibrés  par le jeu très présent d’Eléonore Bovon et sa voix riche en images, les lenteurs sont rattrapées par de ponctuelles accélérations quasi hystériques, le réalisme est pimenté par des figures fantastiques, et, évidemment, il faut y venir : les silences sont expliqués et soulignés par la musique.

      

Car Passages, c’est aussi de la musique : c’est même surtout de la musique. Le mime d’Angèle est un conte musical, sa chorégraphie un ballet. Le jeu d’Eléonore siffle comme le vent, parfois en rafales, et son chant se meut comme des vagues. Quant à l’accordéon de Mélanie Brégant, omniprésent, il joue au moins autant de rôles significatifs. Il est tour à tour le conteur qui s’amuse, la réplique compatissante, l’horloge oppressante, le soliste rageur et enflammé, mais plus que cela encore, il est respiration.


      

Passages est une pièce qui respire, une pièce fluide, tempérée et confortable comme peut l’être un album photos dont on tourne les pages immenses avec tendresse, nostalgie ou joie selon les souvenirs qui s’y logent.

 

Je le disais au début : un spectacle ne se révèle qu’au moment de sa représentation. J’ai assisté aux préparatifs de Passages et observé la façon dont les pierres de l’édifice sont montées une à une : un texte beau et fort, des personnalités vives et enthousiastes dotées de véritable talent, une mise en scène pointilleuse, des partitions incarnées à faire étinceler les yeux des chérubins et ce n’est pourtant qu’au soir de la première que j’en ai apprécié l’harmonie d’ensemble. Ce n’est pas la première fois que je me prends d’affection pour un projet auquel je participe, mais je crois en revanche que c’est la première fois que j’en sors aussi séduite. Il est évident que la découverte de cet aspect des possibilités offertes par un accordéon n’y est pas pour rien. Jusqu’à présent, j’en avais une image assez franchement mauvaise, il faut bien le reconnaître. Totalement ignorante en la matière et ne saisissant ni sa beauté ni les belles perspectives qu’il propose, je ne l’aurais pas même inclus spontanément dans la liste des ‘vrais’ instruments. J’en ressens une grande honte !

      

Je ne peux que souhaiter que cette expérience soit partagée par le plus grand monde possible. Les parisiens pourront assister à la pièce les 7, 13 et 14 Novembre prochains à l’Espace Beaujon, dans le 8è arrondissement.

 

 

Musiques de:
S. Gubaïdulina, T. Hosokawa, F. Angelis, F. Schubert, D. Scarlatti

Textes de:
Marie-Carmen de Zaldo
avec des pièces de F. Bocquentin et N. Hikmet mis en musique par Eléonore Bovon

 


Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à me contacter par mail!

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