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Le Nouveau Manoir

Enfantement.

27 Août 2008 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

Suis-je éveillée?

     Qui me dit que ces touches que mes doigts survolent ont une meilleure empreinte dans le Réel que les murs qu'en rêve je crois caresser, que les montagnes que je crois survoler, que les lèvres que je crois embrasser? L'insomnie, les rêveries chargées, donnent l'impression d'une longue vie ininterrompue à peine ponctuée de périodes d'éveil et de plongée. Plongées laborieuses, éveils fastidieux, mais entre temps, quoi?

     Aucune conviction de longévité, aucune imminence de disparition, aucune appréhension ferme de l'avenir, aucun désir de mémoire, aucune urgence si ce n'est celle de chasser à la fois ambitions et souvenirs pour lâchement "tenir".
  Chaque matin, s'il en est, une frayeur de la médiocrité.
  Chaque soir, s'il en demeure, la terreur de la répétition de cette médiocrité.
  Chaque jour, s'il en est de discontinus, plus d'habileté et de conviction dans le port automatique et chronométré des masques.
     Et à chaque seconde que le processus de fuite oublie d'entraîner dans ses mécanismes, le martèlement soutenu des sensations porteuses de vie, douloureuses parce que systématiquement avortées par une logique qui nous échappe, comme une profonde inspiration peut l'être dès qu'elle est prise dans un sac minuscule et parfaitement hermétique.


     Les miroirs de passage, les opinions d'autrui, les témoignages parsemés de sa propre existence, deviennent des écrans dans lesquels on contemple, frustré et impuissant, le film contant la pâle existence d'une héroïne que l'on voudrait pouvoir arracher à ses cadres, jeter du haut d'un pont accrochée à un élastique, envoyer au galop à travers les steppes, précipiter dans les bras de la personne qu'elle aime aussi fort que faire se peut, à qui l'on rêve en somme de pouvoir insuffler un petit supplément, non pas d'âme (elle en a tant!), mais d'âme pragmatique, d'âme palpable, d'âme exploitable.

     Il ne s'agit pas d'étendre son archée déjà immense, mais de supprimer le mur de briques qui l'interrompt à son tout début.
   Il ne s'agit pas de lui donner le pouvoir de voler, elle l'a déjà, mais de supprimer la loi de la gravité qui la cloue au sol.
  
Il ne s'agit pas de lui donner du rêve, elle en a à revendre, mais de supprimer l'immatériel et néanmoins impénétrable hymen qui le sépare de la réalité...

          ...et surtout, surtout, ne pas lui donner l'illusion du confort dans ces ghettos étriqués: l'héroïne ne saura pas s'en contenter longtemps. Elle n'est pas faite d'illusions, elle n'est pas aisément dupée par les ersatz, elle voudra vite quitter l'inconnu de l'origine et rentrer chez elle, à la maison, dans cette maison que l'on peut n'avoir connue qu'une seconde et quitter un jour, un an, un siècle et toujours cependant l'appeler 'maison', dans cette maison aux matériaux improbables (cheveux, vibrations, effluves, visions, soubresauts), dans cette maison située à l'autre extrémité de l'archée...



ndla.
/ Je me relis. J'hésite entre conserver et effacer ce que je vois.
Ce n'est pas moi ça, tu le sais forcément: tu l'as vu.
Moi, la 'moi' complète, est drôle autant que sérieuse, curieuse, créative, minutieuse autant que maladroite, élégante autant que sauvage, bavarde autant qu'autiste, elle est plutot cinq qu'une seule et pourtant, dieu sait si je n'aime pas me lancer des fleurs... mais celle que je suis n'est vraiment pas si mal que ça.
Et là, tout ce que je vois, depuis des mois et de façon quasi constante c'est un demi quelqu'un de mort autant que de vivant.
Un de ces deux processus devra bien aboutir un jour.
Il me suffirait, de ta main ou de ta bouche, d'un 'S., c'est toi que je veux', simple et court...
Je conserve ce que j'ai écrit, parce qu'une part de moi, la part qui contient mon instinct de survie, espère que tu le liras et y réagiras. /


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