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Le Nouveau Manoir

Words Fail Me

30 Janvier 2008 , Rédigé par ISobel Publié dans #Ils l'ont dit

Littéralement "Les mots me trahissent"...


Une discussion impromptue sur les bancs pixellisés d'un site familier (et en un sens familial) m'a amenée à échanger autour des mots en compagnie d'une fabuleuse mélangeuse de verbe.

Mais pour mieux parler de mots, il en faut en réserve...
Parmi les trophées que m'a ramenés un moteur de recherche compatissant se trouvait un morceau de voix que je ne pensais pas entendre un jour, celle miraculeusement conservée de Virginia Woolf qui tombait à point nommé dans la conversation.

Quelle émotion!
Quelle incroyable émotion que d'entendre une voix qui a parlé silencieusement dans mon esprit si souvent ces dernières années. Je ne vais pas discourir sur les degrés des effets que peut avoir une voix sur un métabolisme dont les terminaisons nerveuses vont directement se planter dans le coeur, mais ceux ou celles qui sont sujets à ces manifestations violentes et jouissives de sentiments comprendront...
Cela n'arrive pas souvent, mais quand cela arrive, on ne peut que se taire et profiter.



Passant le plaisant choc de la forme, c'est évidemment le fond qui s'est révélé. Sublime essai sur la personnalité des Mots (car il est incontestable qu'ils en ont une qui leur est propre).

Je n'en dis pas plus et laisse les anglophones aller écouter l'extrait dont il est question en cliquant sur l'image ci-dessous.

Quant aux francophones, vous n'aurez droit qu'à ma traduction des passages essentiels du discours de Virginia.

Bonne écoute,
Bonne lecture.




"Les mots (les mots anglais), regorgent d'échos, de souvenirs et d'associations. Ils ont beaucoup voyagé, sur les lèvres des gens, dans leurs maisons, dans les rues, dans les champs, pendant de si nombreux siècles. Et c'est là que réside la difficulité principale lorsqu'il s'agit de les utiliser aujourd'hui: ils sont chargés de tant de sens et de souvenirs et sont alliés si souvent entre eux.

Pensez à ce que cela pourrait signifier si l'on pouvait enseigner, et par là apprendre, l'art de l'écriture. Chaque livre, chaque journal seraient détenteurs de vérité et capables d'engendrer la beauté. On se rendrait cependant compte qu'il existe des obstacles pour nous barrer la route dans l'enseignement des mots. Aujourd'hui, une centaine de professeurs au bas mot donnent des cours sur la littérature du passé, au moins un millier de critiques passent en revue la littérature contemporaine, des centaines et des centaines d'étudiants, prometteurs au plus haut point, passent leurs examens de littérature Anglaise, mais pourtant, écrivons-nous mieux, lisons-nous mieux que nous écrivions et lisions il y a quatre siècles, alors que nous n'étions ni sermonnés, ni critiqués, ni éduqués? Notre littérature Georgienne est-elle un greffon de l'Elizabéthaine? A qui la faute alors? Ce n'est pas celle de nos enseignants, ni celle de nos critiques ou de nos écrivains: ce sont les mots qui sont coupables. Ils sont la plus sauvage, la plus libre, la plus irresponsable et la moins transmissible des choses. Nous pouvons bien sûr les regrouper, les trier et les ranger dans les dictionnaires en suivant l'ordre alphabétique. Mais les mots ne vivent pas dans les dictionnaires: ils vivent dans l'esprit.

C'est pourquoi tenter d'établir une logique dans le fonctionnement de vagabonds aussi indépendants que les mots est totalement inutile. Quelques règles de grammaire et d'orthographe sont les seules négligeables contraintes auxquelles on puisse les soumettre. Tout ce que l'on peut en dire (en les observant par-dessus la clôture qui ceint notre esprit, endroit où ils se terrent, si mal éclairés), tout ce que l'on peut en dire est qu'ils semblent aimer que les gens pensent et ressentent avant de les utiliser. Non pas qu'ils 'pensent' et 'ressentent' à leur propos, mais plutôt au sujet de toute autre chose. Ils sont très sensibles et acquièrent facilement une conscience qui leur est propre.

Pour finir, et j'insiste particulièrement sur ce point, les mots, tout comme nous, afin d'exister à leur guise ont besoin d'intimité. De toute évidence, ils aiment que nous pensions et que nous ressentions avant de les employer. Mais ils aiment aussi que nous soyions en pause et nous laissions aller à l'inconscience. Notre inconscience est leur intimité, notre obscurité leur lumière... Cet état de pause, ce voile d'obscurité se sont imposés, afin que les mots soient tentés de se réunir dans ces unions furtives, ces visions parfaites qui engendrent une beauté éternelle. Mais non, rien de la sorte n'arrivera ce soir. Les petits démons sont hors d'eux-mêmes, désobligeants, désobéissants, sourds. Que marmonnent-ils donc? "Il est l'heure! Silence!""




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"Words, English words, are full of echoes, of memories, of associations--naturally. They have been out and about, on people's lips, in their houses, in the streets, in the fields, for so many centuries. And that is one of the chief difficulties in writing them today--that they are so stored with meanings, with memories, that they have contracted so many famous marriages.

Think what it would mean if you could teach, if you could learn, the art of writing. Why, every book, every newspaper would tell the truth, would create beauty. But there is, it would appear, some obstacle in the way, some hindrance to the teaching of words. For though at this moment at least a hundred professors are lecturing upon the literature of the past, at least a thousand critics are reviewing the literature of the present, and hundreds upon hundreds of young men and women are passing examinations in English literature with the utmost credit, still--do we write better, do we read better than we read and wrote four hundred years ago when we were unlectured, uncriticized, untaught? Is our Georgian literature a patch on the Elizabethan? Where then are we to lay the blame? Not on our professors; not on our reviewers; not on our writers; but on words. It is words that are to blame. They are the wildest, freest, most irresponsible, most unteachable of all things. Of course, you can catch them and sort them and place them in alphabetical order in dictionaries. But words do not live in dictionaries; they live in the mind.

Thus to lay down any laws for such irreclaimable vagabonds is worse than useless. A few trifling rules of grammar and spelling are all the constraint we can put on them. All we can say about them, as we peer at them over the edge of that deep, dark and only fitfully illuminated cavern in which they live--the mind--all we can say about them is that they seem to like people to think and to feel before they use them, but to think and to feel not about them, but about something different. They are highly sensitive, easily made self-conscious.
Finally, and most emphatically, words, like ourselves, in order to live at their ease, need privacy. Undoubtedly they like us to think, and they like us to feel, before we use them; but they also like us to pause; to become unconscious. Our unconsciousness is their privacy; our darkness is their light. . . . That pause was made, that veil of darkness was dropped, to tempt words to come together in one of those swift marriages which are perfect images and create everlasting beauty. But no--nothing of that sort is going to happen to-night. The little wretches are out of temper; disobliging; disobedient; dumb. What is it that they are muttering? "Time's up! Silence!""

Virginia Woolf

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mourad 28/11/2008 16:51

Les mots sont tout
Et pourtant, ils ne sont rien ;L’univers ne parle pas.Et c’est toujoursSur un œil ferméEn une seule image,Que le monde va s’échouer
M.

Tangee 01/02/2008 18:49

Question:Isobel a-t-elle quelque chose à voir avec l'Isobel de Björk?

Clem 01/02/2008 18:40

Très belle écriture...J'envie les gens qui écrivent si bien si tu savais.Bravo et merci pour cette petite reflection sur les mots.