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Le Nouveau Manoir

Belle Liseuse

16 Novembre 2007 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

Prudhon---Ame.jpg

Nous voilà dans un temple, et là-bas son autel,
Lugubre et accueillant, bâti comme un tombeau,
Au fond duquel on trouve, étendue sur le dos
La longue suppliciée.
Quel est donc son martyre?
Il n'y a pas de chaînes et pas l'ombre d'un pieu,
Aucun étau d'acier ni de tisons ardents
Et pas plus d'athamés que de démons rampants.

 

(En fait de suppliciée, elle est une dormeuse
Et le lit est l'autel du temple qu'est sa chambre:
Douce supercherie...)

 

Un fantôme s'arrache des ombres malignes
Il prend corps et ses traits peu à peu se dessinent:
L'âme de la dormeuse s'est faite ectoplasme!
La fenêtre est ouverte et dans un violent spasme
Elle rejoint la Nuit.
A ce moment précis,
Liseuse,

Tu deviens la proie de ses folies.
(puisses-tu m'excuser de t'impliquer ainsi...)

 

Sous ta porte se coule une brume argentée
Toute semblable à celle qui ceint les aurores.
La brume reprend forme et alors que tu dors
Elle a neigé sur toi en regards envoûtés.

 

Sa substance est restée sagement sur le quai
Pour permettre à son âme un envol jusqu'à toi
Alors ses mains, c'est vrai, ne seront que chimères,
Et ses yeux rien de plus que des copeaux de vent,
Ses lèvres affamées ne seront que de l'air
Et ses bras resteront tes défenseurs distants.
Mais, pourtant, elle est là, et ses mains, et ses lèvres
Fussent-elles oniriques, sont hérauts de sa fièvre.

 

Car, Liseuse, retourne à la strophe première:
Tu as lu 'suppliciée'? Et l'ironie est là:
C'est parce qu'au réveil sa mémoire est chargée
Des spectraux souvenirs qui l'ont liée à toi...

 

ISobel

 

Prud'hon, l'Âme brisant les chaînes qui l'attachent à la Terre

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