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Le Nouveau Manoir

Soliloquy in a Rabbitt Hutch

16 Novembre 2007 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

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"Regarde-moi"

A cette phrase, elle reposa le verre sur le coin du lavabo, avec lenteur et mesure.
Il la regardait intensément, elle mettait autant d'intensité à essayer de jeter son regard partout ailleurs que sur lui, mais (évidemment) elle ne pouvait empêcher ses yeux de prendre irrémédiablement le même angle que les siens.

"Regarde-moi!"
Elle frémit et cligna des paupières. Il reprit:

"Tu veux t'empêcher de vivre? Parce que tu as peur? C'est ton problème, oh oui, mais c'est également le mien. Tu me repousses, tu me rejettes, jusqu'à présent j'ai tenu bon, mais je ne resterai pas éternellement auprès de quelqu'un qui me bâillonne sous des prétextes divers 'peur de blesser', 'peur de souffrir plus tard'. Tu veux que je te dise? Tu es lâche. Une jeune femme pourrie de lâcheté doublée de cécité chronique et déréglée qui voit tellement bien ce qu'elle croit être l'avenir qu'elle n'a plus aucune idée de ce qu'est le présent et de sa fragilité, de son prix.

Je te propose des sorties, des discussions, des échanges et tu me réponds 'oui, mais si je ne suis pas à la hauteur? et si je dérange?'. Quand je te dis que j'ai envie d'un baiser, tu me gifles en me disant 'pense aux conséquences', puis tu te mets à me parler de droit, de raison, de bienséance. On ne parle vraiment pas la même langue. Moi, je te parle d'envies et surtout je te parle de besoins, de tes besoins. Ce baiser que je te propose, tu t'y refuses alors que tu en as besoin et envie à des points inimaginables, tout comme de ces sorties et de ces échanges. Ne le nie pas, je le sais: quand tu craques et que tu es rongée par les regrets, tu les implores! Tu as 'peur de déranger' c'est ça? On te le fera savoir va si c'est le cas, ne t'en fais pas pour ça.


Tu ne peux pas t'empêcher de vivre. Pas tant que je suis là. Quand je serai parti, il sera trop tard. Je ne peux pas vivre dans un arbre mort pour avoir craint d'incommoder son entourage en puisant en lui sa vie par ses racines.

Je suis vivant moi."

"Et maintenant, regarde-moi vraiment."
 
Sa voix était impérieuse, un peu sèche, mais elle ne put s'empêcher d'y déceler un fond de pitié ou de supplication, si inhabituel entre eux. Ce fut cela qui ajouta à son regard, pourtant déjà physiquement vissé dans le sien, l'étincelle de l'attention.
Elle le vit, pour la première fois depuis longtemps.
 
Il n'y avait sur son visage aucune colère, juste un profond désarroi, alarmé et chiffonné à l'instar de sa chevelure d'un blond triste et désordonné. Ses yeux bleu-gris délavés trônaient en princes malheureux sur le drapé miteux d'une cascade de cernes. Elle eût honte de ce qu'elle lui avait infligé en voyant saillir sa clavicule à la racine d'un cou nerveux et ses bras, fébriles, qui se retenaient à grand peine de trembler en serrant fermement les bords du lavabo.

Son débardeur ne se plaquait même pas contre son thorax et ses épaules arquées et tendues ouvraient son échancrure sur une poitrine qui n'avait pas respiré pleinement depuis des mois.
 
 
Elle ne put pas en voir plus car (évidemment) le miroir était trop petit et que son reflet, qu'elle regardait comme pour la première fois, commençait à être brouillé par les larmes qui gagnaient simultanément leurs deux paires d'yeux.
 

 
Elle poussa un long soupir, se donna une petite gifle, sortit de la salle de bains en éteignant la lumière et reprit son livre, mais cette fois-ci, un léger sourire aux lèvres.

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