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Le Nouveau Manoir

Divine Disproportion

16 Novembre 2007 , Rédigé par ISobel Publié dans #Curiosités

L--onard.jpg  


'Etrange fut la nuit où tant de souffles s'égarèrent au carrefour des chambres...
Et qui donc avant l'aube erre aux confins du monde avec ce cri pour moi? Quelle grande fille répudiée s'en fut au sifflement de l'aile visiter d'autres seuils, quelle grande fille malaimée,
A l'heure où les constellations labiles qui changent de vocable pour les hommes d'exil déclinent dans les sables à la recherche d'un lieu pur?
Partout-errante fut son nom de courtisane chez les prêtres, aux grottes vertes des Sibylles, et le matin sur notre seuil sut effacer les traces de pieds nus, parmi de saintes écritures...'
 


Saint John Perse
 
 

 
Est-ce qu'un texte comme celui-ci, à la mélodie si belle, diffère vraiment d'un bon morceau de poésie absurde?

 

 
Alice dit, après avoir lu le poème 'Jabberwocky': "Somehow it seems to fill my head with ideas.. Only I don't exactly know what they are!" (d'une certaine façon, cela me remplit la tête d'idées... seulement, je ne suis pas sûre de savoir exactement lesquelles!)

  
Dame Nature, dans sa générosité, a engendré des esprits capables, sans doute, de comprendre ces mots, non pas individuellement, mais dans leur ensemble, un ensemble qui, je l'avoue, me dépasse et me paralyse:
Je ressens la même chose qu'Alice.

 
L'union de ces mots est agréable, plus qu'agréable
 même, c'est une musique de prime abord caressante, puis pénétrante, qui remplit enfin le corps tout entier d'idées
 (pas de concepts, non, juste des idées, inabouties).
Mais cette beauté diffuse et inexplicable gène (me gène) justement parce que je ne la déchiffre pas.

 
Nous sommes là à l'exact opposé de la beauté mise en lumière à la Renaissance, cette beauté qui devait respecter scrupuleusement des lois établies par la raison, parfois même par les mathématiques. Cette beauté là était pensée pour l'effet qu'elle produisait. Saint John Perse et ses pairs parvinrent, du moins pour ces esprits 'inférieurs' dont je fais partie, à générer le Beau sans le concours de la raison.
Il en va de même dans tant de domaines, où le Beau, le Plaisant, le Juste, le Bon, le sont parce que l'on ne se les explique pas encore.


L'esprit ne vient que plus tard confirmer (ou infirmer) ces intimes convictions, ces pressentiments, et alors le charme mystique est rompu, laissant place au charme concret, différent, plus ferme, mais pas moins séduisant.

 
 
L'absurde est beau tant qu'il est absurde.
Il devient parfois ridicule, mais plus souvent génial, quand il est enfin décodé.

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Eric Marquès 01/08/2010 17:36



L’absurde est l’ambigüité raisonnée des aveux soumis à traduction.


La transparence des métaphores évalue les complicités réelles entre les yeux et la plume.


Un Tee mité : socle qualifié de la qualité de la plupart des affinités.