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Le Nouveau Manoir

At the Gloomiest

16 Novembre 2007 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

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C'était aujourd'hui, dans notre pays, dans une ville d'une absolue banalité et pourtant je me retrouvai hors du
temps, hors de tout repère.
 
Un bruit de verre brisé à l'extérieur, parmis d'autres -tant d'autres!-, des cagettes jetées avec fracas sur le sol, des éclats de discussions qui me firent rentrer, malgré les murs qui me séparaient de la rue, dans l'intimité des gens qui les émettaient. N'importe quel taudis des faubourgs d'un Londres de dix-neuvième siècle avoisinant un marché aurait pu me faire le même effet que cet appartement. Une lumière de ville pauvre et crasseuse filtrait à travers les volets.

 
 Dans les tiroirs de la commode qui se trouvait derrière moi, je trouvai de vieilles prises électriques, d'antiques carnets décorés du logo d'un bar PMU ou d'une usine qui avaient dû fermer il y a quelques décennies et des morceaux de ficelle en pagaille, entreposés là comme des trésors. A part celle qui arrivait, poussiéreuse, par les persiennes, il n'y avait pas de lumière dans la pièce. Pour arriver ici, j'avais traversé une porte en ogive au lourd heurtoir, puis un long couloir au plafond bas. Les murs s'effritaient et dégageaient une odeur de vieilles pierres qui m'avait saisie à la gorge, épaisse comme si ces dernières avaient emmagaziné des quantités d'encens queseuls des siècles entiers dans une boutique ésotérique peuvent accumuler.
 
M'extrayant à la contemplation du contenu des meubles, un portemanteau fixé derrière la porte attira mon attention. Il était en bois sculpté, avec plusieurs bras articulés donnant l'impression d'autant de manivelles sur une machine infernale: eût-il été fait de fer, on aurait pu croire à un des instruments démoniaques qui tapissaient les murs des cachots du Château des Bathory, au moment où la Comtesse Erzebeth remportait son titre de Comtesse Dracula par la torture de plus de six-cents de ses jeunes servantes.
 
Comme pour accroître cette sensation de malaise, les echos du dehors furent réhaussés de pleurs et cris d'un petit enfant. Il y a quelques siècles, cet enfant aurait pu souffrir de la peste.
 
Hors du temps? Non. De tous les temps à la fois.
 
Juste les echos d'un extérieur quand les volets sont clos: cela suffit à faire voyager dans le temps. Les cris sont tous les mêmes, les bruits sont tous les mêmes et demeureront identiques, de toute éternité.

Ce ne sont que les quelques mètres de lumière, de matière et d'humidité qui nous entourent lorsque l'on les perçoit qui leur donnent un sens et une histoire.

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