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Le Nouveau Manoir

Les Jours Jaunes

16 Novembre 2007 , Rédigé par ISobel Publié dans #Plumeries

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T'est-il déjà arrivé de teveiller sur une journée qui te semblait n'avoir pas de début réel, ni de fin identifiable, une journée qui n'offrait aucun côté à saisir?

Quand tu étais enfant, ces journées marquaient un évènement particulier, en aucun cas important dans la marche du monde, mais qui bousculait tout ton univers: on t'emmenait chez le coiffeur, tu n'avais pas école le matin, on mariait ta cousine à la campagne.

Tu émergeais à la suite d'une nuit curieuse, pendant laquelle tu avais trop rêvé ou qui avait été ponctuée de trop de réveils inexpliqués, avec une fièvre non observable sur un thermomètre, mais présente.
Le fond de l'air avait une odeur particulière, une température inattendue et singulière et une couleur que tu qualifiais d'apocalyptique, parce que tu connaissais un peu ce mot et justement parce que tu ne le connaissais qu'un peu. Une couleur jaune.

Cette journée, une fois révolue, semblait n'avoir jamais existé autrepart que dans ton imagination, ou dans le passé, ou mieux encore: dans un passé imaginaire, qui te faisait douter de t'être jamais réveillé ce matin-là.

Une fois que tu eus quitté l'enfance, ce qui définissait cette journée n'en fut pas modifié le moins du monde, même si tu fus contraint de la démystifier ou de l'engloutir dès ses prémices pour le bien unique de te vie d'adulte: car une seule journée comme celle-ci, inscrite dans le cadre d'une vie sociale normale, peut tout te faire perdre de vue.

Elle suit toujours une nuit qui a un petit quelque chose de saboté, une nuit courte sur le cadran, mais hachurée de réveils aux intervalles interminables, salée des rêves les plus réalistes, mais aussi les plus fantasques.
Souvent, en te réveillant, un peu de ces rêves se réalise comme pour lubrifier ton entrée dans un monde parallèle.

Puis la journée se déroule, longue, très longue et d'une lenteur intolérable, proportionnelle à la quantité d'efforts que tu mets en oeuvre pour la remplir. Le plus paradoxal, c'est que tu cherches à la remplir seul, ne tolérant la présence d'autrui que parce que tu n'en as pas le choix, sélectionnant avec parcimonie leurs droits d'intervention, préférant aux fantômes présents dans ton entourage physique les entités cent fois plus matérielles de ta réalité distante, d'aucuns diraient métaphysique.

Les jours jaunes sont des jours où tu es comme piégé dans ton esprit et où tu rassembles autour de toi, comme un enfant apeuré se couvre de ses peluches, tous les éléments nécessaires à ton bien-être sans jamais quitter le point de vue quasi divin de ton regard, un jour où tu oublies que le monde est rempli d'autres subjectivités que la tienne, un jour où tu te retires pour lire, un jour où tu observes, où tu témoignes, où tu te contentes d'être à défaut de faire, sans même réaliser que tu ne fais que t'en contenter.

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