Si je suis à la fois la somme des Passés,
Des pensées dépassées pour lesquelles j'ai chu
Ajoutées aux contraires, aux aubes qui m'ont plu,
Aux crépuscules noirs que j'ai tant redoutés.
Si je suis les possibles et les voies sans issue,
Les oeuvres de bravoure, les maillons désoeuvrés
Enchevêtrés autour d'un poing déterminé.
Si je suis lâche, émue, immature ou déchue,
Si je suis comme on m'aime et dois être pour ça
Les valeurs associées de qui l'on me préfère
Si pour moi, devenir, c'est trouver comment plaire
A ceux qui aiment en moi ce qu'ils voient, puis qu'ils croient.
Si je suis le produit de ce que j'ai été
De ce que je j'ai compris que je ne pouvais être,
De ce que j'aurais bien aimé pouvoir paraître
Et de tout ce à quoi on m'a dit ressembler,
Si je suis le total de geôles assemblées,
D'occasions mal saisies, de vengeances trop
froides
De la félicité de salubres noyades,
De libertés conquises et d'autres assénées...
Si je suis qui je suis, et suis ceux que j'adore,
Si je suis poursuivie par ceux dont je me prive
Et construis de grands ponts, vers de lointaines rives,
Pour consoler mon coeur des voisins qui m'ignorent.
Si je suis l'équation à vingt-huit inconnues
Qui ajoute et soustrait tous les étalonnages
Divise les multiples et met en rayonnages
Un compromis par-ci et par-là l'imprévu.
Et si le résultat, tombant dans les moyennes,
Ressemblait à une autre qui vit comme moi,
S'exprime dans mes heurts, raisonne avec ma voix,
Se vêt de mes costumes, marche dans ma dégaine,
Si ce conglomérat, ajusté à des vues,
Qui ne sont pas les miennes et pourtant me résument,
Qui me lissent, me tassent, me poudrent et me parfument,
S'il n'avait, au final, plus qu'un rapport ténu
Avec cet animal qui louvoie sous ma peau,
(Fait de trois dimensions, fait d'éclats et de peines
Mais jamais d'équations, mais jamais de moyennes)
Et qui est à la fois tout d'Ordre et de Chaos?