Samedi 16 mai 2009





Loin de moi l'idée de vous entretenir, comme le titre pourrait le laisser supposer, des appétits des célébrités décédées: je ne crois pas qu'il me serait si aisé que cela de trouver des exemples probants de boulimie post-mortem dans les cimetières Hollywoodiens...
Non, ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est un article lu sur ScienceDaily.com, magazine scientifique anglophone en ligne, article (sobrement!) intitulé "Missing Planets Attest To Destructive Power Of Stars' Tides" (grosso modo: 'Des planètes disparues témoignent de la puissance dévastatrice des marées stellaires').

Dans cet article, on découvre que les récentes observations de l'espace ont apporté, en plus de la connaissance de nouvelles planètes à l'extérieur de notre système solaire, la certitude d'avoir été privés de la découverte d'un bon nombre d'autres à cause de la gloutonnerie de leurs étoiles éteintes. On n'ignorait pas que les étoiles mortes se transformaient en trous noirs et que ces derniers ont pour principale fonction d' "avaler" tout ce qui les entoure, temps comme espace, mais ces points n'étaient vraisemblablement que théoriques jusque récemment.
Ce phénomène est assez fascinant en lui-même et j'aurais pris plaisir à en donner une explication sommaire cueillie au détour d'une page web mais d'une part, tout moteur de recherche qui se respecte vous en fournira de bien meilleures et d'autre part, ce n'est pas là ce qui me trouble le plus.

En lisant cet article, j'ai été frappée non pas par la superbe complexité de l'Univers qui nous entoure (ah! cela m'arrive pourtant souvent!), mais par la réflexion que je me suis faite et qui tenait à peu près en ces termes: "eh bien? on ne le savait pas déjà que les planètes étaient englouties par les trous noirs? Quelle arnaque que cet article qui ne nous apprend rien de nouveau!"
Et pourtant si: du nouveau il y en avait, et du lourd même puisque les premières véritables preuves de ce phénomène avaient été révélées!
Je suis donc tombée dans une profonde réflexion tout à fait existentielle (à chacun de bâtir son existence avec le mortier qu'il veut!). Jusqu'à quel point sommes-nous blasés, nous humains habitués à voir des galaxies défiler sur nos écrans plasma? Habitués à voir des big-bangs format post-it sur nos téléphones portables? Quel enfant  aujourd'hui (encore nabot ou déjà grandi) prendrait la juste mesure de l'honneur de découvrir l'espace à travers le hublot d'une navette spatiale alors qu'il a déjà été habitué à voir plus grand et plus coloré sur une toile de cinéma?

A mon sens, le problème qui naît, grandit et pullule sur les écrans est solide. En plus de l'inévitable massacre de l'imagination qui découle naturellement d'une représentation systématique et modélisée de toute théorie, le danger de tuer l'émerveillement gronde à l'horizon... Heureux sont les épargnés, sauvés de la tourbe du désenchantement par un imaginaire tout-puissant!

"Oui, mais nous sommes moins niais qu'avant, mieux renseignés, plus intelligents." me dira le moderne. Certes. C'est possible. Mais j'avoue pour ma part avoir un faible pour la niaiserie lorsque celle-ci me laisse l'immense privilège de jouir simplement des merveilles du monde et de ses alentours!
Alors non, je refuse de ne plus m'extasier sur les découvertes de la science sous prétexte que j'ai eu la sottise d'allumer ma télé trop souvent.

C'est fini! Doctor Who, je décroche!*





*(taratata, il ne faut pas pousser quand même...)


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Lundi 2 mars 2009






Un jour, j'ai eu envie d'écrire des contes tels que je n'avais jamais eu la chance de les lire étant enfant,
des contes dans lesquels les Princesses pourraient préférer leurs servantes au Prince Charmant,
sans pour autant en faire des véhicules d'un quelconque militantisme.
Juste des contes dans lesquels l'affection entre deux personnes du même sexe serait un facteur négligeable,
une chose aussi naturelle pour l'oeil et l'entendement que s'il s'agissait de la narration d'une histoire
comme on en a toujours lu ou entendu.


L'idée de la création d'un site sur lequel les partager m'a trotté dans la tête pendant très longtemps,
sans que je parvienne vraiment à me décider sur ma propre envie à le voir naître.
Heureusement (ou non, ce n'est pas à moi d'en juger) les longues nuits passées récemment
derrière la réception d'un hôtel m'ont accordé le temps nécessaire à sa mise sur pieds.
Le temps engendrant l'envie, L'Autre Grimoire a vu le jour aujourd'hui même, sur la plateforme over-blog.


La première page de ce nouveau 'blog', qui se réclamme plus du livre de contes que du Blog à proprement parler,
 devrait suffire à vous renseiger sur sa nature. Je vous invite donc à la visiter, que vous ayiez ou non ce type d'affections importe peu.

Un contre restera toujours un conte, quoi que l'on y mette...



votre servante,

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Mercredi 25 février 2009

Le sol ne sera pas mouillé ce matin, lorsque vous mettrez le pied dehors, amis dormeurs parisiens.

Cependant, n'oubliez pas votre petite laine...




Il y a toujours quelqu'un qui veillera sur vous,
Qui oeuvrera pour votre sourire,
Qui sera votre bras droit quand vous n'aurez plus que le gauche,
Qui vous apportera à boire quand vous aurez soif, la nuit,
Lorsque vous regarderez avec des yeux écarquillés votre petite veilleuse...

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Mardi 24 février 2009
Que voilà un joli titre bien pompeux comme on les aime,
orné d'un franglicisme/barbarisme/néologisme(?),
 mais que signifie-t-il au juste...

    6h21 du matin, heure à laquelle je commence la rédaction de cette phrase. Le monde (celui du moins de mon fuseau horaire et des zones avoisinantes), ce monde se réveille. La pluie a battu toute une partie de la nuit le sol parisien et je me flatte d'être celle qui aura tenu les 'autres', les dormeurs, informés de ce fait.
    Dans un peu plus d'une heure, je foulerai à mon tour ce sol pour rentrer chez moi, rejoindre la fadeur du métro, puis la chaleur de mon lit et je ne serai pas surprise de voir l'eau grimper par capilarité sur le bas de mon pantalon gris. Pas surprise, non, ni déçue, ni triste. Rien de tout cela, parce que contrairement aux autres, aux dormeurs, j'aurai eu le temps d'y préparer, même inconsciemment, mon esprit alerte et présent. Eveillé.

       Comme beaucoup de personnes, je vis en décalage avec le monde des astres et celui des autres hommes. Je ne vois le soleil que quelques petites heures par jour et bois le thé à une heure et demi du matin. Cette situation, bien que reliée très étroitement à une application professionnelle, me rend pourtant encline à l'absentmindime, en d'autres termes, à la fugue mentale (de l'anglais absent minded). Je suis là, assise ou debout, inactive ou affairée et passe de longues, très longues heures à laisser mon esprit vagabonder. Cette nuit, je suis partie sur les toits de Londres, me disant qu'il serait merveilleux de pouvoir m'y promener un jour. Je suis également partie prendre un schweppes en Belgique et me souviens avoir versé de l'eau chaude sur le sachet de thé de la personne qui m'accompagnait (elle avait mal au poignet, je m'en suis d'ailleurs gentiment amusée, juste pour le plaisir de la taquiner un peu. Nous avons beaucoup ri, mais certainement pas de mon humour douteux, non, juste de toutes sortes de choses). Je crois avoir vu la surface de Pluton, qui m'intrigue tant: est-elle semblable à celle de la Lune que j'ai déjà visité tant de fois? Est-elle différente?
Bref, je suis absente.
    Absente, mais poussée à la présence constante malgré tout, avec sur la tête la gentillette épée de Damoclès du travail: 'et si un fax arrive?', 'n'ai-je pas entendu le téléphone sonner?', 'tiens, le livreur de croissants!'. C'est une sensation très particulière. Comme si le rêve était forcé, poussé et encadré, comme s'il devenait réel. Officiel.

    Je suis veilleur de nuit.

    N'évoqué-je pas à vos souvenirs ce petit disque de plastique opaque qui, une fois enfoncé dans une prise de courant près de votre lit, vous berçait de sa lumière diffuse?
Un bout de plastique amélioré cela dit, du type qui vous prend dans ses bras si vous faites un cauchemar, qui vous apporte un verre d'eau si vous avez soif.
J'ai la veille active...

    Dormez en paix, je vous dirai demain quel temps il fait.


        Bonne journée à vous, les autres, les dormeurs.


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Samedi 24 janvier 2009

 

Aujourd'hui, je m'apprête à vous présenter Yoshie Lupfer, qui viendra de temps en temps nous rendre visite. Yoshie n‘attend pas que vous vous attachiez à elle. Elle ne compte pour ainsi dire pas. Elle est à peine le cobaye que nous allons utiliser pour observer ce qui peut se passer dans un cerveau en une minute.

Nous allons la suivre pendant toute sa vie, choisissant au hasard de son vécu des exemples probants de la faculté fabuleuse qu’a le cerveau de digresser, parfois très loin, sur des laps de temps très courts. Bien sûr, ne serait-ce que pour ajouter un petit intérêt à l’affaire, nous piocherons autant que possible parmi les évènements qui, suivant sa propre subjectivité, ont été décisifs d’une façon ou d’une autre.

Yoshie est un cobaye intéressant choisi pour sa prédisposition à faire fleurir ses pensées comme du chiendent autour d’un fait en apparence insignifiant, avec une grande vélocité.

 

Soyez donc les bienvenus dans la tête de Yoshie Lupfer.

 

Situation:

La petite Yoshie a huit ans. Elle quitte l'école avec un air morose. Elle a eu un 7 sur 10 à son contrôle d'histoire. Cela ne lui est jamais arrivé (et ne lui arrivera plus avant ses dix ans et demi). Elle n'a jamais eu de 7, mais il lui est déjà arrivé d'avoir trois points bleus et sept points verts, au lieu des huit, neuf ou dix points verts qu'elle obtient d'ordinaire dans son carnet de notes mensuel (un point rouge vaut un 'non acquis', un orange 'à revoir', un bleu 'bien' et un vert 'très bien'). En sortant de la cour et en attrapant, tête basse, la main de son papa, Yoshie sait donc ce que c'est, de décevoir sa maman. Pendant le trajet de cinq minutes qui la sépare de l'école, elle reste muette et hermétique à toute pensée malgré les paroles de son papa qui lui demande pourquoi elle fait cette vilaine tête. En traversant l'avenue, le barrage dans sa toute petite tête éclate et elle passe aux aveux, en larmes (on ne pense pas, quand on pleure, cela facilite la parole): 'Papa, j'ai eu un sept en histoire. J'ose pas rentrer.' Le visage rassuré de son papa s'illumine d'un grand sourire : 'Eh bien ce n'est pas grave, il ne faut pas faire cette tête. J'ai cru que tu étais malade! Tu n’es pas malade, alors tout va bien, ce n’est pas si grave.' La petite Yoshie, furtivement soulagée, esquisse un sourire. On ne pense pas non plus, quand on sourit. Elle appuie sur le bouton de l'ascenseur en levant haut le bras. Quand sa main va se fourrer à nouveau dans sa poche et que la porte de l'ascenseur s'ouvre, elle voit dans le miroir que le visage de son papa a perdu son sourire et qu'un vague air inquiet le recouvre à présent.

Yoshie ne sourit plus car elle sait bien qu'elle va se faire gronder pendant plusieurs heures et parce qu'elle devine que son papa le sait aussi. La porte de l'ascenseur se referme puis s'ouvre à nouveau, deux étages plus haut. Son papa ouvre la porte de l'appartement et sa maman arrive en offrant à son mari un joli sourire et  à sa fille la question fatidique, à laquelle on ne répond jamais par la négative: 'Tu as bien travaillé aujourd'hui à l'école mon bébé?'.

La petite Yoshie se fera effectivement gronder pendant plusieurs heures, mais le comment et le réel pourquoi ne sont pas les sujets du jour. Non, nous allons voir ce qui s'est passé dans la tête de la fillette pendant une longe minute, entre l'instant où elle a posé le pied dans l'ascenseur et celui où elle a posé son cartable dans le couloir avant de lever les yeux vers sa maman. Après, elle n'a plus pensé non plus. Aussi vrai que l'on ne pense pas lorsque l'on pleure et que l'on rit (en bref: lorsque l'on est dans l'expression de sa pensée), on ne pense pas non plus lorsque l'on a honte et bien trop peur pour le montrer.

 

Yoshie entre dans l'ascenseur.

 

 

Trame de la pensée :


J'ai eu 7 sur 10, c'est comme les trois points bleus de la dernière fois.

Je vais me faire gronder.

Si j'avais fait plus attention, je n'aurais pas eu 7 sur 10.

J'aurais peut-être eu huit.

Je ne veux pas finir dans une cité.

 

 

Détail et digressions, point par point:


J'ai eu 7 sur 10, c'est comme les trois points bleus de la dernière fois.

Je ne me souviens plus de ce que j’avais raté pour avoir trois points bleus, si seulement je m’en souvenais, ça ne se reproduirait pas, mais je ne m’en souviens pas. On dit que le poisson est bon pour la mémoire, peut-être que je devrais manger mon poisson même si je n’aime pas trop ça. Comment est-ce que le poisson peut être bon pour la mémoire ? C’est peut-être à cause de la chair du poisson ? Elle est faite de plusieurs couches qui s’empilent et se détachent facilement les unes des autres, c’est peut-être là que le poisson range sa mémoire ? C’est un peu comme ça que mémé range ses papiers importants, entre les draps bien pliés dans son placard à linge. Mais est-ce que la chair du poisson est pareille quand il est cru ?  Et si elle n’est pas pareille, comment ça se fait qu’en cuisant elle se regroupe en petites tranches qui se séparent bien nettement avec la fourchette ? Ca doit être à cause du gris, il y a du gris entre les morceaux blancs du poisson. C’est ça ! C’est ma matière grise ! C’est la matière grise dont on parle quand on dit de quelqu’un qu’il est intelligent ! Mais pour ces points bleus, je ne me souviens pas. La prochaine fois, j’apprendrai mieux. Et je mangerai plus de poisson. Et puis je ne suis même pas sûre pour les trois points bleus. Il n’y en avait peut-être que deux. Le deuxième était tout petit et ressemblait à du vert. Mais le feutre vert était épaté et faisait des gros gros points. Pas le bleu. Donc c’était forcément du bleu. Trois points bleus et maman m’avait grondée…

 

Je vais me faire gronder.

(la pensée se paralyse)

 

Si j'avais fait plus attention, je n'aurais pas eu 7 sur 10.

Je comptais les tic-tacs de la pendule. Je les tapotais sur ma trousse. Et j’avais la tête sur le bras, parce que j’avais un peu mal au crâne. Si j’ai entendu les tic-tacs de la pendule, c’est parce que je n’étais pas concentrée. Je comptais les prises sur le mur d’escalade par la fenêtre avant que la maîtresse ne distribue les feuilles du contrôle. Peut-être qu’à la récré je vais pouvoir grimper sur le mur, lâcher les prises et ne pas tomber, juste donner un coup de pied pour me propulser et m’envoler, et regarder tout le monde en bas, leur dire aurevoir et m’envoler. Je serais traversée par le vent, il me viderait des impuretés qu’il y a dans mon corps, comme l’eau minérale, et il nettoierait ma tête. C’est là ! C’est là que sont passées les réponses du contrôle d’histoire ! En rêvassant pendant que la maîtresse distribuait les feuilles, le vent que j’imaginais a dû vraiment les enlever de ma tête. Et comme j’avais le cerveau débarrassé et le corps vidé de toutes ses impuretés, le bruit du tic-tac de la pendule est arrivé plus facilement à mes oreilles. Ou peut-être j’ai juste mal appris ma leçon. Je croyais que je la connaissais par cœur, mais il se peut bien que j’aie mélangé des dates en l’apprenant. En 8oo, Charlemagne est fait empereur. Ce n’est pas dur pourtant. Et j’ai récité plein de fois avec maman. Est-ce que je vais toujours réciter comme ça mes leçons ? Est-ce que mes frères et sœur le font encore ? Non, je crois que non. Alors à quoi ça peut bien servir de réciter des leçons comme ça ? Bref, je réciterai une fois de plus ma leçon de la semaine prochaine, et j’apprendrai mieux les dates. Et je ne rêvasserai plus. De toute façon, c’est impossible de s’envoler. A moins d’avoir une grande robe solide et un parapluie qui ne se retournent pas, de pousser assez fort du pied et d’avoir du vent qui vient d’en-dessous. Mais peut-être que si. Si j’étais le Petit Prince, je pourrais. Mais non, idiote, c’est avec des oiseaux qu’il s’envole : ‘Il profita, pour son évasion, d’une migration d’oiseaux sauvages’. Mais je suis sûre quand même que le vent peut suffire. Ca peut suffire quand on est un génie ou un extraterrestre très intelligent avec des pouvoirs magiques. Est-ce que je suis un extraterrestre ? Non, je n‘aurais pas eu 7 si j'étais une extraterrestre.

 

J'aurais peut-être eu huit.

Avec un huit, maman n'aurait pas été contente non plus, mais enfin ce serait passé vite. Elle aurait fait quelques allers-retours dans ma chambre, mais sans rien dire, parce qu’un huit ce n’est pas trop grave. Je serais allée faire mes devoirs en silence, sans goûter, j'aurais sorti mon stylo, fait mes problèmes, appris ma poésie et ma leçon de géographie, dîné sans bruit, pris mon bain calmement et serais allée me coucher. Après une autre journée d’école, je serais rentrée, j’aurais annoncé une bonne note et on n’aurait plus reparlé de cette histoire de 7 sur 10. Mais je ne veux pas retourner à l’école demain, c’est la honte d’avoir seulement eu 7. La maîtresse doit être déçue. Enfin, si, je veux retourner à l’école, j’aime l’école, mais je vais être obligée d’être discrète et de bien écouter si je ne veux pas encore mélanger des dates. La maîtresse va ouvrir la porte, je vais entrer, m’asseoir, sortir ma trousse, ma règle, sortir les stylos de ma trousse, mon stylo-plume et mon effaceur, les aligner parallèlement aux bords su bureau, juste en dessous du petit trou qui est dans le bois, mettre mes cheveux derrière mes oreilles, me tenir bien droite et écouter. Bien droite comme les dames qui sont sur les tableaux. Même si j’avais eu huit j’aurais fait ça. Quand je recevrai le résultat du contrôle de maths, s’il est bon, et que c’est un neuf ou un dix, je ne sourirai pas trop. Il n’y a pas de quoi être fière. Je le poserai juste sur la table de la cuisine avant d’aller faire mes devoirs dans ma chambre. Mais si ça se trouve, je vais avoir une mauvaise note. D’ailleurs, je crois que je l’ai raté ce contrôle de maths.

 

Je ne veux pas finir dans une cité.

Maman a raison, je finirai dans un immeuble délabré, dans un quartier dangereux, sans travail, détestée par tout le monde. ‘Tes copines t’apprécient pourquoi d’après toi ? Parce que tu es bonne à l’école. Les mamans t’invitent à leurs anniversaires pour ça. Celles qui ne sont pas bonnes à l’école n’ont pas de copines.’ Et puis les cités ! ‘Regarde cette cité, les gens sont malheureux là-dedans. Ils n’ont pas un bon travail parce qu’ils n’étaient pas sérieux à l’école. C’est pour ça que tu dois bien travailler à l’école, sinon, tu n’auras pas de jolie maison, et les gens ne t’aimeront pas. Les amis ça va ça vient et ça ne compte pas vraiment’. Je voudrais vivre dans un petit château, avec des cheminées et une grande bibliothèque, des gros rideaux en velours et des coussins partout, sur lesquels je pourrais m’asseoir avec un livre, ou avec un stylo et du papier. Une belle et grande plume rouge. Il y aurait une tour d’astronomie avec des tas de télescopes, et un garage souterrain dans lequel je mettrais ma navette spatiale. Mais comme je n’aurai pas d’amis (les amis ça va ça vient et ça ne compte pas), je serai seule dedans, avec plein de chats, ce sera calme et tranquille, je ferai du cheval, je jouerai du clavecin, comme dans Bastien Bastienne qu’on a vu l’année dernière, j’écrirai des livres et je ferai des maths. Et mon domestique chauve comme celui de Moulinsart viendrait me voir ‘Mademoiselle voudrait un croissant aux framboises et un brandy pour son goûter?’ ‘Nestor, vous êtes bien gentil. Voudrez-vous jouer aux échecs avec moi ce soir ?’ ‘Mademoiselle n’avait-elle pas prévu d’aller voler autour de Saturne après dîner ?’ ‘Si Nestor, en effet, mais inutile de préparer ma navette, j’irai avec ma cape’ (Yoshie s’entrevoit dans le miroir de l’ascenseur) Non, il ne faut pas sourire. Ce n’est pas drôle. Papa va penser que je m’en fiche d’avoir eu une sale note et il sera triste aussi. Mais non, je vais finir pauvre, avec le cerveau plein de bêtises et de télé, dans un appartement avec des blattes, dans une cité. Maman a sans doute raison.

 

Je vais me faire gronder.

(la pensée se paralyse à nouveau)

 

'Tu as bien travaillé aujourd'hui à l'école mon bébé?'


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