Mercredi 21 novembre 2007

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Connaissez-vous la blanche tombe,
Où flotte avec un son plaintif
L'ombre d'un if ?
Sur l'if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant.

 

Un air maladivement tendre,
A la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu'on voudrait toujours entendre,

 

Un air, comme en soupire aux cieux
L'ange amoureux.
On dirait que l'âme éveillée
Pleure sous terre à l'unisson de la chanson,

 

Et du malheur d'être oubliée,
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.
Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre, une forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

 

Les belles de nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
"Tu reviendras !"

 

Oh ! jamais plus, près de la tombe,
Je n'irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter, sur la pointe de l'if,
Son chant plaintif.

 

Théophile Gautier

Albrecht Durer  La Prière


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Samedi 17 novembre 2007


 

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Introduction

 

 

 

« Dieu créa l’Homme à son image, il le créa, mâle et femelle il les créa » (Gn, 1.27)

 

Orlando est l’histoire d’un personnage indéfinissable : bien qu’il endosse les deux sexes, il n’en a aucun. Bien qu’il traverse tous les âges, il n’en a pas. Bien qu’il traverse tous les états, il n’en est aucun que l’on puisse lui attribuer.

 

On est habituellement présenté à un héros en ayant droit à des indications, explicites ou implicites, description physique ou pronoms révélateurs, donnés, spontanément ou non, par un narrateur qui a décidé une fois pour toutes et depuis longtemps du sexe de sa « créature ». Au tout début du premier chapitre de son Orlando, Virginia Woolf pose une ambiguïté sur le sexe de son personnage dans la même phrase par laquelle elle tente de la dissiper: "he -for there was no doubt of his sex, though the fashion of the time did something to disguise it". Cette phrase d'attaque singulière nous plonge de plain pied à la fois dans le style léger et simple qu’utilisera l’auteur, mais également et surtout dans ce qui sera la problématique principale de toute l'oeuvre, celle qui nous fera nous interroger sur qui est Orlando. "Qui", ou plutôt "quoi".

 

Des portraits de Vita Sackville-West, destinataire de cette œuvre, écrivain, amie et amante de Virginia Woolf, sont utilisés, parmi d’autres, pour illustrer Orlando après la métamorphose en femme de son héros (héroïne ?), mais au-delà du simple hommage rendu à une proche contemporaine, Orlando prend rapidement une tournure moins légère que V. Woolf ne l’admet elle-même dans son journal. (« Des vacances d’écrivain », dit-elle à propos de son roman, alors qu’il n’est pas encore achevé).

La brève description que nous fait V. Woolf  en guise d’incipit n’aurait pas tant d’importance si elle n’annonçait, dès le début de l’histoire, la promesse que le jeune Orlando allait se retrouver affublé de vertus plus féminines que son sexe d’origine ne devrait le lui permettre et ni surtout s’il ne se voyait brutalement, en plein milieu de son existence, métamorphosé en créature du sexe opposé.

 

Dans un voyage nous conduisant au cœur même des mythes et écrits bibliques liés de tous temps à l’androgynie, et en faisant endosser à la nature tous les rôles qu’elle peut en fonction des dispositions de celui par les yeux duquel elle est observée, Virginia Woolf utilise son personnage éponyme pour nous guider de façon presque ludique jusqu’au au cœur du Divin. 

 

 

 

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Ni d’Eve, ni d’Adam



La Côte cachée d’Adam

 

 

Orlando est né Homme, « fils d'Adam ».

 

Nous sommes en 1640. Nous sommes présentés à un jeune garçon de seize ans réunissant toutes les vertus alors attribuées à son sexe et issu d’une grande famille de la noblesse anglaise. Le rideau se lève sur un geste viril à souhait : le jeune Orlando donne de grands coups d’épée sur une tête de Maure ramenée par son père d’une lutte contre les Infidèles en Afrique.

 

C’est à la description de son cerveau « a very roomy one » que l’on est mis en présence de la grande jeunesse d’Orlando, de sa grande innocence, et par là de l’évidence que ce cerveau spacieux devra bien, tôt ou tard, être rempli. Nous sommes donc face à une ébauche de personnage, qui ne cessera alors pas d’être en construction tout au long du roman.

 

La présence d’asphodèles est un symbole qui plonge déjà Orlando dans l’ambiguïté des sexes, car il s’agit d’une des rares plantes hermaphrodites recensées. En effet, à peine le garçon  nous est-il présenté comme un vigoureux jeune « chevalier » brûlant de pouvoir à son tour accomplir les prouesses réalisées par ses ancêtres mâles, que le voilà décrit avec l’aide d’une multitude de termes généralement attribués au sexe opposé. Ses yeux deviennent des violettes, ses tempes des médaillons, ses joues sont de pêche et ses dents d’amande.

 

Tout au long de la première moitié du roman, Orlando, devenant Lord Orlando, ne cesse d’être affublé de  passions féminisantes, par leur statut même de passions. Il aime entre autres la délicatesse des arts ce qui est justifié par le fait que la noblesse d’alors, lorsqu’elle n’était pas sollicitée pour prendre part aux divers conflits qui éclataient un peu partout dans l’Europe du dix-septième siècle, avait en majorité pour s’occuper des loisirs liés à ce que l’on attribue aujourd’hui au sexe féminin (une certaine pratique de la musique entre autres, et des arts en général). Si ce n’est pas le seul fait d’Orlando, ce trait caractéristique précis n’en est pas moins grossi jusqu’à l’excès par une V. Woolf qui nous peint le portrait d’un jeune Adam portant encore en lui la côte qui servira à construire son Eve.

 

Il est placé dans ses occurrences masculines en fréquente compagnie de femmes ayant fortement tendance à se calquer sur lui, ce qui renforce encore ce sentiment de confusion. La Reine, dans une sorte de passation de pouvoirs, fait de lui le prolongement idéalisé de sa vie, ainsi que son double: « This is my victory » clame-t-elle en le prenant contre son sein. Avant son idylle avec la princesse Russe, Sasha, alors qu’il ne sait pas encore si elle est un homme ou une femme, on voit le jeune garçon soumis à un sentiment de jalousie et de frustration mêlées amenant à se poser la question suivante : Orlando se considère-t-il lui-même comme un homme ou est-il déjà imprégné de la conscience qu’il ne peut plus être soumis à la classification des genres ? Adam se savait-il homme avant que ne naisse la femme ?

 

 

La torpeur et l’extraction

 

 

Dans la Genèse, on nous apprend qu’Eve a été extraite de la côte d’Adam pendant que celui-ci dormait. « Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes (...) et (la) transforma (...) en une femme ». (Gn, 2.21-22)

 

Orlando, devenu Duc, subit le même traitement, infligé par son « biographe » qui le plonge dans un des sommeils auxquels V. Woolf nous habitue dans son roman et qui sont le symbole de profonds changements chez Orlando. Et quels changements ! Virginia Woolf met également la Bible au service de sa narration en adoptant le même ton détaché et catégorique que celui que l’on rencontre dans les Saintes Ecritures, établissant les choses et ne laissant aucune place au doute ou à la contestation. C’est une Genèse qu’écrit la romancière en recréant l’Être Humain dans ses deux dimensions, l’une masculine, l’autre féminine, les deux étant étroitement imbriquées : « Orlando was a man till the age of thirty ; when he became a woman and has remained so » nous dit simplement V. Woolf pour évoquer cette cohabitation des deux sexes, à l’instar de la Genèse qui nous décrit homme et femme comme étant « une seule chair » (Gn, 2.24).

 

Dans ce même passage de la métamorphose de Lord Orlando en Lady Orlando, Virginia Woolf recrée une scène digne des grandes tragédies Shakespeariennes ou des opéras spirituels de la première moitié du dix-septième siècle. Ce n’est pas sans rappeler ces scènes ou des hommes aux voix de castrats prenaient l’apparence de femmes pour incarner les personnages constituant la longue procession des suivantes de la Vertu, dont les « Ladies of Purity, Modesty and Chastety » ici mises en scène font partie. L’Opéra (et par extension le théâtre) étant par excellence le lieu de tous les travestissements, ce n’est pas sans raison que Virginia Woolf utilise ce procédé pour mettre en scène la transformation de son héros en héroïne. Ce passage symbolise également la maturité, le franchissement du seuil de l’ « âge adulte », période de la vie à laquelle l’enfant sort d’un brouillard asexué pour entrer dans le monde sexué qui définira par la suite son « genre ».

 

La Mythologie grecque nous offre également son lot d’« Orlando ». L’androgynie et le cumul de deux identités imbriquées sont visibles dans la Genèse Grecque : le Cosmos étant un œuf, figure féminine, autofécondé et donnant naissance à une figure principalement masculine, Chaos. Mais l’exemple le plus probant est certainement celui du dieu Hermaphrodite qui, à l’instar d’Orlando, est le fruit de deux parents illustres (la mère d’Orlando est une très belle femme : Aphrodite, et son père un grand voyageur : Hermès). Il est, tout comme son avatar Anglais, né homme, et sa moitié féminine est également révélée à la suite d’une étreinte passionnée, dans son cas avec la nymphe Salmacis qui avait fait le vœu d’être unie à lui pour toujours après qu’il ait repoussé ses avances.

 

 

 

L’Arc d’Aphrodite 

 



A trente ans, Lord Orlando devient Lady.

 

Eve est sortie sans heurts de la cage thoracique d’Adam et va pouvoir commencer à arracher son compagnon à la triste monotonie des plaisirs contemplatifs du jardin d’Eden.

 

A ce stade de l’histoire, Orlando, comme l’attestent les trompettes venues pour le réveiller de sa torpeur, n’avait été qu’un « mensonge », à comprendre un témoin vastement passif et évasif, très abstrait. En devenant femme, il prend place dans la réalité, dans le concret. Toutes les émotions dont il aura caressé et exploré la théorie seront enfin mises en pratique. Il ne devient pas seulement une créature féminine, mais plutôt une figure alliant les forces des deux sexes (en tant qu’homme, il en cumulait plutôt les supposées faiblesses). C’est en cela qu’Orlando, une fois devenue femme s’accomplit non seulement à travers sa féminité, mais aussi à travers sa virilité. Elle montre autant d’assurance en homme qu’en femme et n’hésite pas à jouer de la confusion qu’elle peut faire naître auprès des représentants des deux sexes, « unilatéraux » quant à eux.

 

C’est là encore une allusion à la Genèse et au fameux épisode du fruit de l’arbre de la Connaissance. Adam, lorsqu’il vivait seul, menait une existence prospère et contemplative, jouissant des bienfaits prodigués par Dieu et par l’Eden. Dès qu’Eve est apparue, personnifiant à la fois la dualité, le miroir, l’ennemi et donc le mouvement, elle a entraîné une précipitation des évènements. On retrouve également ici le Titan Chaos, né du Cosmos, extirpant par son apparition le Monde de la torpeur dans laquelle il se complaisait.

 

 

Orlando, une fois préparée à éradiquer les conditionnels pour se lancer dans la pratique et dans le réel, préparée donc à se concevoir et se ressentir comme une unité apte à rencontrer et aimer autrui, fait la connaissance de Shelmerdine, lui aussi figure androgyne, et que l’on soupçonne d’avoir eu un parcours exactement contraire à celui d’Orlando. Peu importait donc peut-être qu’Orlando ou Shelmerdine soient nés en premier homme ou femme, ce n’est qu’à la deuxième incarnation qu’ils parviennent à un stade de connaissance d’eux-mêmes suffisant pour se comprendre, individuellement, puis mutuellement et enfin de s’unir, devenant même parents.

 

C’est en ayant pris conscience d’Eve qu’Adam s’est senti devenir lui-même et un « lui-même » différent d’ « elle », et ce n’est qu’à eux deux qu’ils purent commencer à envisager de perpétuer l’espèce.

 

On remarque également que le féminisme bien connu de Virginia Woolf transparaît à ce stade plus qu’ailleurs, déjà dans le simple choix d’un héros masculin trouvant son aboutissement en femme (et non l’inverse, comme suggéré envisageable par le personnage de Shelmerdine), et aussi dans la description strictement physique de Lady Orlando. Là où sa moitié masculine montrait, parmi pourtant nombre d’atouts plus appréciables, un visage tout juste « morose », Lady Orlando est peinte comme étant d’une beauté éclatante : « no human being, since the world began, has ever looked more ravishing ».

 

« I’m Nature’s Bride »

Le Paganisme

 

 

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Nous avons remarqué des évocations parallèles entre l’androgynie d’Orlando et les pages de la Genèse. Grâce à la mythologie gréco-latine, nous avons déjà posé un pied sur les pistes d’une autre manifestation du Divin, plus proche des éléments cette fois-ci, assimilable aux moeurs païennes. Le paganisme est tout particulièrement attaché au paysage anglais qui a vu naître une grande partie de ses principales croyances. Orlando, être atypique, se pose en véritable lien entre le règne humain et le règne naturel : ses relations avec la Nature sont de tous genres, ce qui fait de cette dernière une actrice majeure de la dimension mystique de la confusion des genres dans Orlando.

 

 

La Muse

 

 

La Nature est omniprésente dans l’œuvre de V. Woolf. Nous passerons sur le point de vue strictement littéraire et la profusion des comparaisons et métaphores attribuant successivement à Orlando et son entourage, directement ou indirectement,  des vertus s’appliquant plus généralement à la Nature, ainsi que toutes les personnifications animalières (le vautour du moment de la métamorphose, symbolisant le vice Luxure par exemple), pour en venir à ce qui nous concerne directement  ici, c'est-à-dire l’aspect spirituel de ce qui devient un personnage à part entière chez la romancière anglaise.

 

Lorsqu’il est encore Lord, Orlando est obnubilé par la Nature, à tel point qu’il ne cesse de comparer tout ce qui en lui provoque des émotions à des éléments qui la composent. Ainsi entre autres Sacha devient un renard blanc, un olivier, le sommet verdoyant d’une colline, etc.

 

Ce n’est pas sans rappeler les différentes métamorphoses des divinités olympiennes, usant de ce procédé pour approcher les mortels sous couvert. Mais cela rappelle également et surtout les incarnations des deux divinités Païennes principales : le Dieu, également appelé (entre autres) Cernunnos, souvent associé au cerf ou au chêne et la Déesse, connue sous les noms d’Astarté, d’Hécate, de Kerridwen ou encore de Diane, parfois assimilée à la biche ou au lierre. Ces deux polarités du Divin Wiccan sont endossées successivement, non seulement par Lord et Lady Orlando, mais aussi par son environnement.

Dès que les éléments se déchaînent, en glace, en tempête, en rayons ardents, ce n’est toujours que pour se plaquer aux sentiments d’Orlando vis-à-vis de ce à quoi il assiste. On se souvient de l’affluence des nuages gris venant symboliser devant les yeux écarquillés de Lady Orlando le passage du dix-huitième au dix-neuvième siècle, ainsi que de la glace emprisonnant Londres au moment ou notre petit Lord est encore totalement préservé des influences extérieures et de tout sentiment réel par une sorte de bouclier imaginaire faisant de lui le maître des théories et le piètre praticien qu’il est alors, abrité derrière le miroir des apparences et des fantasmes.

 

            Sachons, pour anecdote, que dans la religion Païenne la Déesse est la plus vénérée des deux divinités principales, laissant au Dieu une place somme toute très réduite... Le légendaire féminisme de Virginia Woolf n’est jamais totalement réduit au silence !

 

Partie 2 



 


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Samedi 17 novembre 2007

Dame Nature, l’Epouse

 

 

Dans le paganisme, les rites les plus importants d’initiation et de confirmation de la foi païennes consistent à s’unir, physiquement et/ou spirituellement aux éléments. Le sexe de l’initié est ainsi confirmé et sa place dans le monde est creusée, à l’intersection des quatre principaux éléments, eau, terre, air, feu et d’un cinquième, assimilable au « Saint Esprit » chrétien. La cérémonie consiste à proprement parler en une sorte d’onction spirituelle par les éléments et, dans certains rites, s’étoffe par une union sexuelle entre deux initiés de sexes opposés, censée représenter l’étreinte entre le Dieu et la Déesse (les deux divinités principales de cette croyance), à l’origine de tous les phénomènes naturels, incluant la Vie elle-même.

 

Dans le roman de V. Woolf, lorsque Lady Orlando découvre les traditions du dix-neuvième siècle dans le domaine du mariage, alors qu’elle-même se sent irrémédiablement poussée par une force invisible (l’ « esprit  du siècle », souvent évoqué) à prendre un époux, elle ne peut s’empêcher d’essayer (vainement) de comprendre d’où vient cet engouement pour les unions indissolubles et prend pour exemple d’immuabilité la Nature qui, elle, n’a jamais changé sur ce point-ci. A l’instar de cette dernière, Orlando est spectateur/trice du défilement du temps, mais ce qui les différencie est le fait qu’Orlando, incarnant justement l’Esprit du Siècle, soit pris/e bon gré mal gré à témoin et métamorphosé/e en acteur/trice  dans cette course d’obstacles parmi la succession des inconstances humaines.

 

Dame Nature et ses sujets n’ont jamais changé de comportement sur le point des unions entre mâles et femelles, certes, mais pas non plus sur tous autres aspects de la vie. C’est justement la constance de la Nature, allant de pair avec la constance innée d’Orlando lui/elle-même, qui nous permet d’unir sur un même rail ces deux entités et qui donne à Orlando ce si fort sentiment d’appartenance aux éléments.

 

Orlando a atteint la maturité à travers la féminité et se retrouve sur le palier de ce que l’on pourrait concevoir comme les prémices de l’initiation d’une « sorcière » en devenir, attendant que son rituel initiatique soit enfin scellé par la rencontre avec les forces de la nature, puis parfaite grâce à l’arrivée de la divinité masculine supposée la compléter.

 

L’arrivée de Shelmerdine est significative : il n’est pas tant l’élément masculin ajouté à l’élément féminin qu’est alors Orlando, que la matérialisation de cette union typiquement païenne amorcée dans la scène où notre héroïne se retrouve face contre terre à se proclamer épouse de la Nature. Elle s’offre aux éléments et s’inscrit de cette façon dans le cycle des croyances païennes qui, à la différence des croyances chrétiennes, permettent l’être former un tout avec son environnement, comme s’il était au centre d’une sphère, alors que le christianisme pose le croyant dans un schéma vertical, sur une ligne reliant Enfers et Cieux.

 

C’est ce glissement, ou plutôt cette addition du christianisme et du paganisme qui nous dévoile, par une sorte d’expansion métaphysique du personnage d’Orlando, toute la portée spirituelle, si ce n’est de l’œuvre, au moins du personnage créé par Virginia Woolf, s’apparentant de plus en plus à une représentation du Divin, androgyne et atemporel.


 

Mère Nature

 

 

S’il est une chose qui contribue bien à inscrire Orlando dans un cycle d’éternité le rapprochant indubitablement d’une certaine forme de divinité, c’est le peu de mention qu’il est fait de ces ancêtres et surtout de ses parents. On évoque à peine les premiers lors d’une ballade faite par un Orlando en proie au chagrin d’avoir vu partir sa bien-aimée dans une des chapelles de sa famille. La seule allusion qui est faite à ces illustres représentants de la lignée n’est là que pour faire un clin d’œil à Shakespeare et son Hamlet, en l’objet d’un crâne dont Orlando ignore même jusqu’au propriétaire. Quant à ses parents proches, on ne les connaît qu’au travers des aspirations chevaleresques et poétiques du jeune Lord Orlando.

 

Le seul parent qui paraisse l’accompagner est (outre évidemment ses fidèles chiens) le chêne vers lequel il retourne toujours, symbole de longévité et peut-être même tout simplement incarnation d’Orlando. La Nature agit ici comme palliatif à l’absence délibérément marquée par V. Woolf de la Mère (qui rappelons-le a perdu la sienne alors qu’elle était très jeune). Si les figures maternelles se succèdent en les personnes de la Reine, puis de Sacha d’une certaine façon (elle ne cesse d’essayer de rassurer Orlando et de lui donner le sens des réalités), c’est incontestablement la Nature qui prend en elle la responsabilité de cette fragile créature qu’elle a engendrée. V. Woolf diabolise la Nature, lorsque la toute récemment métamorphosée Lady Orlando s’enfuit de l’ambassade turque pour aller se réfugier dans le désert et que son sens des priorités fait toujours passer les éléments avant les biens matériels, pourtant si utiles aux bohémiens avec lesquels elle vit. On peut y percevoir un message signifiant que l’absence de figure maternelle conduit à une idéalisation et que l’idéalisation d’un absent a tendance à paralyser. Cela montre également que la Nature, ou la Déesse, est stérile quand elle n’est pas associé au Dieu fécondant, aux attaches plus matérielles, à une réalité plus concrète. C’est pendant son séjour auprès des Bohémiens qu’Orlando commence à percevoir les nouveaux attributs propres à son nouveau sexe, et aussi leurs limites.

Avoir pour toute parente Mère Nature parachève de donner à Orlando sa dimension mystique en nous dévoilant sa lignée divine.

 

Dans le paganisme, si le Dieu et la Déesse sont sensés être d’importance égale à l’instar du Yin et du Yang asiatiques, on s’aperçoit que c’est dans les faits loin d’être le cas, car si c’est le mâle qui féconde, ce  n’en est pas moins la femelle qui porte, engendre et élève la progéniture. Cela aussi justifie le choix de V. Woolf de faire passer l’homme avant la femme dans la chronologie de son personnage. Il fallait que soit laissée à portée de plume l’opportunité de donner un prolongement à l’entité Orlando : l’enfant.

La naissance de cet enfant, passant presque inaperçue, et résultant de la rencontre entre Shelmerdine et Orlando laisse une impression d’ « auto engendrement ». Ces derniers étant identiques, on peut aisément les considérer comme une seule et même personne, enfin complète et détentrice de tous les éléments nécessaires pour reproduire le cycle de la vie. Devenant une entité capable de se perpétrer presque toute seule, Orlando prend définitivement la forme d’une divinité accomplie.

 

 

 

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L’Immortel(le)

 

Voir définition en annexe.

 

L’insensibilité de l’hypersensible

 

 

Cette hypothétique notion d’Immortalité désignant les personnes peu soucieuses des choses du monde réel est symbolisée et emphatisée grâce au personnage créé par V. Woolf, qui en est l’incarnation caricaturale. Lord Orlando est glacial, Lady Orlando est froide (tout juste tiédie par la maternité), non pas dans le sens habituel qui les voudrait antipathiques, mais dans le sens où leurs interactions avec le « commun des mortels » sont extrêmement limitées.

Orlando a une figure de témoin ne prenant jamais réellement part aux choses. Le style détaché d’une portraitiste/biographe (particulièrement insouciante des émotions véritables de celui qui pose devant elle) ne nous permet pas, malgré les détails qui nous sont donnés, de pénétrer les réelles pensées d’Orlando. L’usage fréquent d’ellipses, les interventions perpétuelles de la voix narrative dans le roman, tout cela contribue à établir une barrière infranchissable entre le portrait en deux dimensions (juste représentatif) et le portrait de chair. On n’a beau y patauger perpétuellement et être en tant que lecteurs le réceptacle des pensées les plus (en apparence seulement) intimes d’Orlando, on ne les connaît à aucun moment. Dans ses autres romans, Virginia Woolf n’érige pas toujours ces barrières faisant frontière entre le lecteur et l’objet contemplé. C’est un procédé qu’elle n’utilise que lorsqu’elle tient à les protéger, les isoler d’une société boiteuse, les élever vers les sommets de la distinction. On ressent précisément les effets de la contemplation de l’auteur vers son personnage : en entrant, grâce à sa voix omniprésente, dans les réflexions d’un narrateur/peintre, on finit par adopter son point de vue. Tout désir de véritable ou supposée compréhension du personnage d’Orlando relève du fantasme.

Orlando est posé tout au long du roman (la donne changera vers la fin) comme un héros que l’on regarde évoluer, souvent avec tendresse, maternité, puis que l’on envie, que l’on admire parfois et qui nous attache à sa cheville par une illusion de sincérité et de loyauté envers l’image poétisée que l’on se fait de lui (il nous la veut bien, « se » la veut bien donner).

A l’instar de ses autres conquêtes, homme ou femme, Sacha n’est pas le réel objet de l’amour du jeune Lord hermaphrodite (et nous la soupçonnons de parfaitement le savoir) : c’est l’Amour lui-même qui mobilise, non pas les sentiments, mais le désir de ressentir de ce dernier et qui est la véritable cible de son attention.

            Le cas de Shelmerdine est entièrement différent. Effectivement, on voit Orlando en proie à ce qui ressemble à l’amour véritable, mais cela s’explique de deux façons : la première, rappelons-nous que Shelmerdine n’est que le double masculin d’Orlando, double qu’elle comprend et dont elle est imprégnée autant qu’elle est imprégnée d’elle-même. Cet amour peut donc être vu comme une passion entre narcissisme et acceptation de soi. Ensuite, Shelmerdine, qu’il soit traité en tant que double ou entité à part entière, arrive dans la vie d’Orlando au moment ou cette dernière a mûri, changé, ou les enjeux et manifestations des relations humaines ont changé. Il n’est pas étonnant qu’à ce stade de l’histoire où le divin n’est plus, nous le verrons plus loin, que le voisin de l’humain, l’enveloppe dans laquelle est né Orlando change, au service de la métaphore omniprésente du début à la fin : Orlando= Esprit du Siècle.

            On ne peut éviter de voir réapparaître devant nos yeux cette image du dieu posé dans l’Eternité et ne se souciant guère du champ de vision des mortels qui fourmillent sous ses pieds, n’ayant absolument pas conscience des valeurs à l’échelle humaine.


 

Au-delà des genres

 

 

De très nombreux éléments nous permettent à ce stade de cesser tout à fait de considérer Orlando comme un être de chair, un simple mortel parmi les mortels. Après avoir observé toutes les parallèles avec la divinité ; après avoir laissé Virginia Woolf  avouer à plusieurs reprises qu’Orlando est ses humeurs n’étaient pas peintes que par le narrateur, mais également par l’influence des contextes historiques et  spatiaux ; après s’être longuement baladé entre les occurrences d’un Lord Orlando, d’une Lady Orlando, mâle puis femelle, Dieu puis Déesse, fils de Vénus puis descendante de Mars, nous sommes forcés d’admettre qu’Orlando (sous couvert de ses beaux atours et de ses masques le déguisant en réceptacle de sentiments) n’a plus grand-chose d’un être humain bisexué et encore moins de deux êtres humains interchangeables.

Ce n’est pas véritablement à un homme puis une femme que nous avons affaire, mais à un concept. V. Woolf utilise Orlando comme entonnoir, témoin aux multiples points de vue de ce que le temps, les humains et les périodes ont pu faire de plus varié. Souvenons-nous qu’elle le considère comme son personnage de « récréation ».

Une unité est créée lorsque le lecteur, se souvenant de l’œuvre dans son ensemble, ne voit plus un personnage vêtu de taffetas pas plus que de culottes de soie, mais une traversée des époques et des lieux comme s’il sortait de l’avion pour rentrer chez lui après un voyage qu’il aurait lui-même fait. Tout au plus le lecteur a-t-il en tête une vague silhouette dont les traits flous, au fur et à mesure qu’il tente de s’en rapprocher se dissolvent et quittent le sexe qu’on pensait pouvoir lui attribuer pour en prendre un autre. Orlando génère deux effets différents : celui de la fenêtre d’un train ouverte sur le monde et sur le temps, que nous venons de décrire et un autre, n’ayant rien à voir avec le précédent. Car Orlando relève autant du voyage que du fantasme. En effet, si certains refermeront le livre en ayant fini par faire abstraction du personnage pour s’oublier dans les impressions contemplatives qu’il aura fait naître en eux, d’autres en revanche ne se souviendront pas de la moitié de ses faits et gestes mais garderont longtemps en tête les composantes structurelles du « concept Orlando », allant de pair avec toutes les figures androgynes qui parsèment les croyances religieuses et fantaisies de chacun.

 

 

 

L’approche du Divin, révélatrice d’Humanité

 

 

Orlando est né d’un Big-bang, a vécu une existence, a vécu une deuxième existence, a engendré, puis a continué à vivre, s’inscrivant dans le cycle de l’Eternité. Il ne craint pas la mort et n’a évidemment pas conscience de sa finitude.

 

            Cependant, nous avons remarqué plus tôt que, une fois les siècles passés et les sexes intervertis, l’expérience colossale Orlando s’est renforcée d’une maturité propice à l’union et à la maternité. Elle a assisté à tout, portée par le temps et les vents, bousculée par les changements de mœurs séparant les règnes d’Elisabeth et de Victoria, elle a pris part dans toutes ces oscillations de façon plus ou moins passive, ce qui aurait du lui garantir une divinité absolue et la tenir définitivement à l’écart de l’entendement humain.

 

Mais que nous rappelle la naissance du fils d’Orlando ? Un certain nommé Dieu n’avait-il pas le pouvoir de donner la vie ? Cernunnos et Kerridwen, deux faces d’un même miroir n’avaient-ils pas pour mission de réveiller l’esprit propre des éléments ? Devenant divinité, Orlando s’est octroyé (ou s’est vu donner) le pouvoir d’engendrer et donc de « créer à son image » un nouvel enfant. La boucle est bouclée, tout comme le sont le cycle de la Genèse et celui du cours des éléments (de l’eau entre autres). On est en droit d’attendre en la personne du fils d’Orlando, un Orlando-bis, qui sait, peut-être un Shelmerdine qui se verra s’épanouir sous la plume d’un autre écrivain...

 

Le message qui passe au travers des mailles du filet de divertissement tissé par Virginia Woolf autour d’un roman présenté comme une « farce » est pourtant loin d’être anodin. Il y a même quelques forts éléments de métaphysique dans ces considérations faisant de la divinité la plus aboutie l’égale de l’homme. La Bible expose cette équivalence dès ses premières pages, quant à la religion Païenne, faisant de chaque Initié une incarnation du Dieu ou de la Déesse, elle suit la même ligne.

 

C’est en devenant Dieu qu’Orlando est devenu Homme.

 

 

 

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CONCLUSION

 

 

            Orlando, Orlando, Orlando, ce prénom peut-être prononcé trois fois de suite soit comme une prière, soit comme une incantation, soit comme une formule magique, soit comme une simple liste des trois prénoms d’un même personnage triple que d’autres ont appelé Père, Fils et Saint-Esprit, ou encore Dieu, Déesse et Esprit.

En construisant son roman comme la plus absurde des biographies, en y mêlant beaucoup de contemplation, un peu d’action et énormément de réflexion, Virginia Woolf a réussi à créer un livre plus porteur de sens qu’elle-même ne le souhaitait au moment de la rédaction. D’un simple hommage à Victoria (Vita) Sackville-West, nous passons à une des plus brillantes représentations de la fuite de l’Esprit des Siècles, depuis le glorieux dix-septième jusqu’au tumultueux vingtième, de leur portée respective, de la nature humaine, de la nature divine et de la nature, tout court.

            Après ce tour d’horizon des enjeux (non exhaustifs) du roman Orlando, une chose peut laisser perplexe, c’est qu’aujourd’hui encore, ce dernier soit si souvent considéré comme le plus léger de ses ouvrages. On semble oublier que les pièces les plus colorées de la musique de la période baroque étaient souvent les plus graves, cachant derrière les éclats du théorbe et les envolées des flûtes les traces des plus émouvantes lamentations que l’Histoire de la Musique ait pu nous offrir. De même, qui oserait dire de Guernica qu’il s’agit d’une des œuvres « légères » du Vingtième Siècle pour sa seule palette de couleurs ?

            C’est un traitement bien étonnant que celui qui est réservé à Orlando... Mais peut-être doit-on en incriminer l’Esprit du Siècle ?







ANNEXES


Définition du terme Immortel employé dans ce contexte :

 

Le terme d’immortel désigne au sens le plus strict une chose qui n’est pas soumise à la loi de la Mort. Cela devrait désigner en toute logique ce qui est dépourvu de vie mais justement (paradoxalement), l’immortalité ne pouvant être définie que, par opposition, grâce au terme de mortalité et ne s’illustrant que par son caractère exceptionnel, elle est devenue une vertu attribuée depuis la Mythologie grecque aux divinités. Dans le cadre de ce travail, nous lui donnerons un sens particulier qu’il est important de définir avant d’entrer dans l’analyse même. Il s’agira bien sûr d’un terme signifiant au sens large ce qu’il a toujours défini, mais il inclura également une catégorie d’êtres humains, celle à laquelle Orlando, s’il n’avait pas été personnage de fiction, aurait sans doute appartenu : c'est-à-dire à une catégorie de personnes ayant pour caractéristique d’être prompte à se détacher de la réalité. Les « Immortels » que nous allons évoquer ici sont en premier lieu des personnes aimant se laisser aller à la rêverie, sujettes à la métempsychose, et n’ayant qu’une notion très vague et très insuffisante du pragmatisme et ayant ainsi une conscience différente du défilement du temps et de toutes sortes de valeurs, comme par exemple le sens des priorités.

 

Un Titre Circulaire

Cette présentation du titre du roman de V. Woolf nous permet de laisser transparaître les thématiques qui ont été évoquées lors de cette étude.

Les deux « O », situés en début et en fin du prénom du héros éponyme, sont révélateurs de deux choses différentes. Le cercle est le tronc commun aux deux représentations symbolisées de l’Homme et de la Femme depuis la Mythologie Grecque. Le premier, auquel on ajoute une flèche, représente le dieu Arès décochant une flèche. Le second, soutenu par une sorte de croix est sensé représenter le miroir de la déesse Aphrodite. On a également noté une structure circulaire dans l’évolution du personnage, comme issu de nulle part et s’engendrant lui-même. Le nom même d’Orlando, si l’on le rapproche par les deux extrémités, forme une boucle.

Orlando est présenté comme une personnification de la Nature, or on remarque également, au milieu du prénom, le nom « land », rappelant les paysages qu’Orlando contemple jusqu’à finir par s’y incorporer.

Ce prénom contient en effet à la fois l’ambiguïté sexuelle et la portée métaphysique du personnage qui le porte. On est en droit de penser que Virginia Woolf ne l’a certainement pas choisi au hasard...

 

 

 

 

 



Cette photo, intitulée « Orlando on her return to England », fait partie des images jointes à la plupart des éditions d’Orlando. Elle montre l’amie de V. Woolf, l’écrivain Vita Sackville-West, à laquelle Virginia Woolf a dédié son roman. On sait que c’est elle que Virginia avait en tête lorsqu’elle a créé Orlando, au sujet de l’incarnation féminine de laquelle elle a dit « no human being, since the world began, has ever looked more ravishing ».

 

 

Fin


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Vendredi 16 novembre 2007


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L'Histoire est un édifice complexe dont il vaut parfois la peine d'examiner avec soin les parois pour débusquer son sens réel, ses tenants et ses aboutissants. Tous ses aboutissants, même ceux qui sont les moins évidents au premier coup d'oeil dans les livres.


V                                               V



H istoire officielle: menteuse, Histoire secrète: où sont les véritables causes des évènements', disait Balza c
 
E
t il n'avait pas tort: les livres sont souvent vides de ces actes capitaux, emportés par le temps au cercuei
l
 
U
ne anectode datant de la seconde guerre mondiale et plus précisément de 1941 nous le démontrer
a
 
R evoyons le contexte: la France est occupée, les Alliés exilés en Grande Bretagne, l'espoir affaibl
i
 
E t, les yeux braqués vers l'Est, la grande armée du Reich n'a plus qu'un but: le conquérir pour s'y installe
r
 
U ne attaque contre la Russie est très risquée tant que les Alliés menacent encore la frontière occidental
e
 
X énophobe, peut-être et sans coeur et sans pitié, mais pas sans intelligence et surtout pas sans stratégie
  ...
 
A
dolf Hitler le sait bien. Il va donc tenter avant de s'aventurer plus à l'Est d'évincer définitivement l'ennem
i
 
N
ous sommes en mai 1941, Hitler envoie son second, Rudolf Hess, en mission secrète de négociation ...
 
N ous saluerons ici la finesse des services secrets britanniques pour leur remarquable 'sens de l'écuei l
'
 
I nformé par ses mauvais espions qu'une possibilité de paix avec le Royaume Uni était possible in-extens
o
 
V oilà Hess, suivant confiant les ordres, en route vers les filets tendus de la patrie au chevaleresque leitmoti
v
 
E lisabeth II a dit: 'les lâches hésitent, et le danger n'est surmonté que grâce à ceux qui osent'. Quelle ironi
e
 
R udolf Heiss a pourtant osé, mais tombera dans le piège: personne outre-Manche ne tient à négocier! ...
 
S on Führer niera l'avoir envoyé en mission, propos démentis plus tard par le colonel SS Otto Skorzen
y
 
A dolf ira même jusqu'à faire passer son second pour fou quand ce dernier se fera emprisonner, ultim
o
 
I l sera mené à la Tour de Londres et y restera jusqu'à la fin de la guerre, quand il sera transféré à Spanda
u
 
R estant résident de cette prison de Berlin depuis les procès de Nuremberg jusqu'à sa mort en 1987
...
 
E t dire que sans cette mission bancale, Hitler aurait sans doute eu assez de soldats pour battre l'URS S.

 

  
 

nb: Dans un texte, il n'y a pas de syntaxe fantaisiste, ou boîteuse et malhabile, il n'y a pas non plus de fautes de frappe: il n'y a que des conventions syntaxiques au service de causes plus grandes, celles du V de la véhémence et celle du V de la vérité...

 

Photo: Maurice Buckmaster (1902-1992) Colonel des services secrets britanniques


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Vendredi 16 novembre 2007

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L
a lune à moitié vide a versé son brouillard

 
A la crête des toits fissurant l'horizon.

 
Noyée dans ces liqueurs, l'asphalte est un rempart

 
Gangréné par un songe errant de rues en ponts.

 
Une fille en chemise, accoudée au balcon,

 
Egrenne ses sommeils en confiant au vent

 
Un songe d'insomnie: ce songe vagabond

 
Rendu silencieux pour être fait souvent.

 

 

Chanceuse la Léthargique Amoureuse, Irrésolue aux Rigueurs de l'Eveil...

 

 

 


ISobel


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