Vendredi 16 novembre 2007

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Bouddha m'a dit d'attendre, jusqu'à sept trépas
Pour renaître Aphrodite. Dieu m'avait soustrait
Une côte en croyant faire d'Eve et de moi
Un tandem harmonieux, fusionnel et parfait.
 
On m'a prescrit des herbes, des sucs, des potions,
Quelques pieux rituels, quelques incantations,
J'ai du ingurgiter autant de niaiseries

Que d'absurdes secrets, inefficaces aussi.
 
Etais-je déjà femme? Je n'en savais trop rien,
Toujours est-il que là où échouent religions
Sorciers et medecins, rites ou superstitions

Quelques lignes ont su me mettre un Miroir en main.
 
Alors j'ai arraché au sol qui l'a vu naître
Un bouquet d'Asphodèles, gorgées de senteurs.
A en croire la Louve, elles sont seules avant l'heure
A doubler un humain de son genre contraire.
 
En moi, Adam et Eve, le Miroir et l'Arc;
Le genre de leur fil et le genre des Parques
En moi les yeux de l'une et leur virilité,
La puissance du bras sous sa féminité.
 
La clef de ce mélange était au fond d'un coffre
Protégé sous son sein, fermé par ses deux poings
Pour la trouver enfin, sous la jute et le lin
Il m'a fallu le vin que Virginia seule offre.
 
En chacun règne l'homme et se love la femme
En chacune, Destin ne s'écrit qu'à l'epée
En chacune, un guerrier supplante la poupée

En chacun prédomine celle qui se damne.


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Vendredi 16 novembre 2007

Shycolcc.JPG

Hélène était la seule femme que je n'aurais pas pu conquérir: elle en aimait une autre.
J'étais le seule homme qu'elle ne pouvait pas envoûter: j'en aimais un autre.

Pour des raisons purement administratives, nous nous sommes donc mariés: mon compagnon et moi souhaitions adopter un enfant: c'était donc la seule solution. Et c'était qui plus est une solution qui n'avait rien d'absurde pour nous.

Notre mariage eut lieu au mois de février. Elle portait une cape en satin blanc ourlée de feuilles d'argent, sur une robe droite et simple à col roulé. La chevelure mi-longue qu'elle avait refusé de faire coiffer tombait librement sur ses épaules, encadrant sobrement son visage blanc et rectangulaire. Elle ne souriait jamais trop, le jour du mariage ne fit pas exception.

Elle ressemblait d'avantage à une jeune femme venant assister à la noce  qu'à l'épousée même. Il y avait sur son visage cette expression de sérénité qui ne la quittait jamais lorsqu'elle était en public. Ses yeux étaient grands, parfois un peu trop lorsqu'ils trahissaient qu'elle venait une fois de plus de se perdre dans ses pensées. Je n'ai jamais su avec certitude si elle s'y perdait vraiment, mais lorsqu'un bruit la ramenait d'un des mondes dans lesquels elle avait l'habitude de s'absenter, ses yeux s'allongeaient comme ceux d'une biche et l'étincelle de sa présence se rallumait.

 A part dans notre jeunesse, je ne lui ai pas souvent connu un regard autre que celui-ci, empreint d'une grande douceur, un regard qui vous disait qu'en toutes circonstances, tout était toujours condamné à bien aller.

Le cap de nos vingt-deux ans nous avait métamorphosés. Je garde encore aujourd'hui le souvenir de l'adolescente qu'elle a été, parfois nerveuse, parfois rieuse, véritable pile électrique ou presque inerte, mais déjà souvent très altière, comme si elle se préparait à porter sans broncher un passé qui n'était alors que son présent.

Elle avait, à vingt-deux ans, absorbé des passés qui ne lui appartenaient pas, comme pour englober et annuler les effets du sien.

 Déjà au lycée elle présentait les signes d'une grande empathie qui s'était scellée plus tard dans son métabolisme.
A cette époque-là, nous nous voyions très souvent. Il m'arrivait de temps en temps d'aller passer quelques jours chez elle, quand ce n'était pas elle qui me rejoignait chez moi. 

Nos discussions et les changements d'états qui en résultaient mettaient nos proches tacitement d'accord sur un point: à nous deux, nous étions le Chaos. Il n'y avait rien que nous ne puissions faire. Je traçais, elle digressait, j'avais la "folie raisonnée", elle avait celle qui s'éparpillait. Nous pouvions indifféremment tout faire ou ne rien faire.

C'était notre équilibre.

 
Avant de nous rencontrer, nous évoluions chacun sur des plans en deux dimensions, chacun plus sérieux et rigoureux que l'autre dans sa solitude, mais après que nous nous soyions retrouvés sur le même banc d'école, elle devint la troisième dimension qui nous manquait à tous deux. Elle était mon aînée de quelques mois et ce rôle s'était naturellement imposé à elle.

Peut-être parce que j'étais plus fragile, peut-être parce qu'au contraire, elle était plus forte, elle s'est toujours sentie responsable de moi...

Le jour du mariage, si on m'avait posé la question, j'aurais dit que sa disparition aurait entraîné la mienne. Je n'étais jamais que la feille de papier sur laquelle on avait écrit ma vie avant qu'elle apparaisse pour la mettre en scène et j'avais, par dessus tout, peur de retourner à ma platitude, comme un soufflé négligé qui retombe, flasque, au fond du plat. Même après l'arrivée de notre fille, Ysolde, je craignais encore de n'être qu'une trame sans relief. Hélène passait son temps à me dire le contraire, le visage serein, tentant de me convaincre que j'étais un très bon père. Mais je ne voulais pas l'entendre. La paternité m'angoissait plus qu'il n'est supportable et Hervé, mon compagnon, désespérait de me voir ainsi.

 

L'amie d'Hélène lui fut brutalement arrachée dans un accident de voiture. L'évènement nous avait bouleversés Hervé et moi. Mais Hélène, une fois le choc passé, se mit à consacrer plus de temps  à Ysolde, apparaissant de nouveau très sereine. Elle l'emmenait en promenade quand Hervé et moi travaillions et que la petite n'avait pas école. La vie reprit son cours et mes angoisses aussi. La douceur d'Hélène, figée depuis l'accident, me rendait encore plus coupable de ma nervosité. Et tous ses efforts pour ramener la joie à la maison me paraissaient vains.

 

Un jour, la police appela chez moi, ce fut Hervé qui répondit: le corps d'Hélène avait été retrouvé, sans vie, dans le fleuve.

 

J'ai pensé ne pas pouvoir me remettre du drame, mais subitement, des choses me sont apparues. Hélène, ma soeur et mère d'élection, avait perdu ce qu'elle aimait le plus au monde. Plus rien ne la retenait ici. Elle savait très bien que je ne me sentirais pas père tant que je me saurais encore fils. J'étais devenu son fils et en coupant pour moi le cordon ombilical que je refusais de voir rompre, elle m'a affranchi.

Elle m'a fait homme, elle m'a fait père.

 

Depuis ce jour, Ysolde et moi passons beaucoup de temps ensemble.

Mes angoisses ont disparu.


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Vendredi 16 novembre 2007

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Farewell! thou art too dear for my possessing,
And like enough thou know'st thy estimate,
The charter of thy worth gives thee releasing:
My bonds in thee are all determinate. 
For how do I hold thee but by thy granting,
And for that riches where is my deserving?
The cause of this fair gift in me is wanting,
And so my patent back again is swerving.
Thy self thou gav'st, thy own worth then not knowing,
Or me to whom thou gav'st it, else mistaking,

So thy great gift upon misprision growing,
Comes home again, on better judgement making.
Thus have I had thee as a dream doth flatter,
In sleep a king, but waking no such matter.

William Shakespeare, 87th Sonnet

Adieu! tu es pour moi possession trop chère,
Et sans doute sais-tu quel est ton juste prix;
Ton mérite est la charte, ami, qui te libère,
Et tous mes droits sur toi par là sont abolis.
D'où te puis-je tenir, si ce n'est de ta grâce?
Et comment ce trésor ai-je pu mériter?
Ce riche don chez moi n'a ni raison ni place
Et ma concession doit donc te retourner.

Tu t'est donné toi-même, ignorant ta valeur,
Ou te trompant sur moi, ton bénéficiaire:
Ainsi, ton grand présent, fondé sur une erreur,
Revient, à mieux juger, à sa source première.

Comme un rêve flatteur, tu fus mien en sommeil;
Endormi j'étais roi: rien de tel au réveil.

 

Traduction de François-Victor Hugo


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Vendredi 16 novembre 2007

celui-qui-a-l-air-de-penser2bis.jpg

The Hexli

I whittled at a stick one day.
'T was just to pass the time away:
A little girl came tipping by,
With rosy look and witching eye.

  

With artless smile and simple grace,
She looked me sweetly in my face,
And said: 'That knife is sharp, I ween,
Another thing will cut as keen'

  

And then she laughed and said 'Good day',
And like a dream had flown away;
The voice, the look, was with me still,
When all at once I felt me ill.

  

I could not work, I could not play;
I saw and heard her all the day.
That witching eye was sharp, I ween;
O, that was what would cut so keen. 
 

  I saw and heard her day and night,
Her voice so soft, her eye so bright;
When others lay in slumber sweet,
I heard the clock each hour repeat.

 

I could not stay and linger so:
Like one entranced, away I go;
Through field and forest, far and wide,
I seek if there the witch doth hide.

  

By bush and brake, by rock and hill,
Where'er I go, I see her still:
The little girl, with witching eye,
Is ever, ever tripping by.

  Through town and village, too, I stray;
At every house I call and say,
'O, can you tell me where to find
The little girl that witched my mind?'

 

I've sought her many a weary mile;
Methought I saw her all the while:
Ah! If I can't the witch obtain,
I never shall be well again.

 

Johann Peter Hebel (1760-1826)

Traduit par James Gates Percival


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