Lundi 19 janvier 2009
Chose étrange que le cerveau.

Tout un univers de pensées, se saveurs, de sensations.
Tout un univers de rêves, d'envies et de besoins, une constellation de bonheurs, un camaïeu de peurs, d'angoisses, une infinité de soupirs en attente, à l'heure, ou en retard, d'actions jamais opérées, un tumulte de souvenirs qui s'embrassent et s'entrechoquent. Un réacteur de fusée, une bourrasque, un cyclone, un puzzle qu'on secoue dans sa boîte, la flamme olympique, un orgasme, tout ce qui s'embrase et qui brille, tournoie, jaillit, éclate, explose!

Le cerveau, le siège, le promontoire et le lit de ce que l'on a été, de ce que l'on sera, de ce que l'on est et de chacun des anges, de chacun des monstres que l'on peut devenir, en bref: tombe et berceau de tous les possibles.

Le cerveau, noyau de toutes réalités, nombril de toutes subjectivités.

Ce cerveau dans lequel naissent et meurent toutes les pensées les plus sombres, ce même cerveau baigné dans la lumière aveuglante d'un ciel d'hiver, porté par une brise de printemps, toujours ce même cerveau qui nous renvoie en boucle les plus belles images. Oui: les plus belles! Les autres sont compressées, déplacées dans l'arrière-salle de notre réalité et remplacées par ces belles images qui nous amènent ici, aujourd'hui, ces images qui nous amèneront toujours vers un 'aujourd'hui', parce qu'elles permettent, le jour venu, la fuite, la 'sauvegarde'.

Ce cerveau là, cette machine hyperactive et toute puissante qui contient tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera, ce petit cerveau bouillonant tient entre deux bêtes mains. Deux ridicules mains, bien impuissantes dans le fond, qui savent à peine saisir les instants qui comptent,  qui ne savent pas appuyer assez rapidement le verbe qui dit 'rien ne pourra être pire que maintenant'. Deux mains qui savent à peine dire en une courte étreinte tout le libellé de la mission dont elles sont investies.

Et pourtant, oui: ces deux mains posées de part et d'autre du crâne, une pour supporter ma tête, une autre posée là par le hasard de l'agitation précédant le sommeil, ces deux mains-là tiennent entièrement le cerveau. N'est-ce pas fabuleux?!

Est-ce donc de là que vient l'expression 'se prendre en mains'?!

Comment s'endormir quand pareille pensée vous traverse la tête?
L'être humain est une bestiole si étonnante! Toute une personnalité, tout un univers qui tient entre deux mains! C'est de la magie, de la magie pure.

Quand  vos bras enserrent quelqu'un, c'est son corps que vous tenez: une simple vérification visuelle le prouve. C'est physique. Mécanique.
Et pourtant, vos bras autour de sa taille envoient un message à son esprit (le petit bidule, au fond de la gélatine du cerveau, qui est plus ou moins allumé selon que vous êtes heureux ou malheureux, reposé ou fatigué. Tout le monde sait ce que c'est). Le message que vos bras envoient vers ce cerveau c'est toujours un "Je suis là", parfois agrémenté de toute une variété choses en fonction de la relation que vous entretenez avec ladite personne. Vos bras, autour de son corps, disent à son cerveau "Je suis là" et son cerveau l'interprète toujours comme un "Je suis là", parfois agrémenté de toute la variété de choses qu'elle attend en fonction de la relation qu'elle entretient avec vous... enfin bref: le message est passé, via des bras, via des corps, d'un cerveau à l'autre.

Mieux encore que tenir dans des mains, le cerveau tient dans le plus petit geste de contact. Tout l'univers intérieur d'un sujet A qui rencontre celui d'un sujet B, en un frôlement et plus fort encore, plus magique: en un contact aussi immatériel que le contact visuel.

Et toute la magie est dans le paradoxe qui suit: ce phénomène se présente avec autant de crédibilité sous deux formes radicalement différentes.
La première, toute de complexité, est faite de synapses, de terminaisons nerveuses, d'hormones, et de mille autres paramètres combinés, le plus souvent physiologiques.
La seconde est la plus simple du monde: je te regarde, tu sais ce que je pense, point. Cela fonctionne. Et pour un maigre instant, dans toute une vie d'interrogations sur l'origine, le mécanisme et l'issue de toute chose existante et de toute chose imaginée, pour un furtif instant qui pourrait être une éternité, il y a un parfum de vacances dans l'air, parce que je me fous de savoir comment ça marche. Je m'en fous vraiment!
Je veux juste que ça marche.
Je veux juste que le message soit clairement émis par mon métonymique cerveau (ici: le sujet A dans son intégralité), qu'il fasse son chemin, qu'il te touche et qu'à l'arrivée, il fasse comprendre à ton métonymique cerveau (ici: le sujet B dans son intégralité) chaque composante de ma pensée, dans toute sa simplicité.

Alors mettez-moi de la circonvolution à revendre, des lobes, des nerfs, mettez-moi tout ce que vous voulez dans vos explications, elles me passionneront sans doute, mais ne comptez pas sur mon attention quand tout ce bazar logé dans ma boîte crânienne me servira à envoyer ou recevoir des messages instantanés: la communication est trop simple, trop belle, trop remplie de merveilles pour que son plaisir soit gâché par des choses aussi futiles que ses aspects scientifiques!

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Mardi 6 janvier 2009
Une cabine de police anglaise des années 5o, des gadgets soniques, un vaisseau spatial fait de bric et de broc dans lequel on boit un thé en regardant sa montre à gousset, des visions intergalactiques, des séjours chez Shakespeare et Agatha Christie, l’explosion d’un système solaire, un fish & chips au bord de la Tamise… Y avait-il une seule microscopique chance que cette série ne finisse pas par me toucher? Le Docteur vient de Gallifrey, planète des Seigneurs du Temps dont les dômes de verre et l’herbe rouge étincellent sous deux soleils jumeaux. Gallifrey ayant été détruite lors d’une guerre, il est le seul de son espèce qui demeure et doit prendre la fuite à bord d’un vaisseau spatial ayant l’aspect extérieur d’une cabine de police bleue. Voilà ce qu’est le Docteur, voilà ce qu’est son monde : une grosse bouchée d’absurdité et de kitscherie britanniques saupoudrées de cette élégance et de cette gravité que seuls des esprits profondément humains peuvent engendrer.
Le Docteur. Doctor who ? Precisely.



On peut rire de cet attachement à des chimères nées de l’imagination d’une poignée de scénaristes farfelus et par là, reprocher à ceux qui s’en entichent d’être déconnectés de la réalité, mais la réalité a-t-elle d’autre corps que celui que chaque individu lui donne ? La réalité est-elle fondamentalement réduite à cette pincée d’éléments : travail, nourriture, sommeil ? Pour y échapper, n’avons-nous que les loisirs ou encore le loisir suprême : la famille, celle que l’on passe la moitié de sa vie à quitter, ou celle que l’on passe l’autre moitié de sa vie à créer ? N’y a-t-il pas autre chose, quelque chose de plus juste pour des esprits plus poreux et avides que les tonneaux des Danaïdes ? La réalité ne peut-elle pas justement être cela si c’est ainsi qu’elle se présente à soi au premier coup d’œil : des voyages incessants n’importe où, n’importe quand, avec n’importe qui, tout ce qu’il faut pour remplir cette âme affamée ? N’y a-t-il pas assez d’êtres humains à qui notre réalité suffise pour permettre à une poignée de fous le luxe d’aspirer à autre chose et de s’y perdre si cela peut leur faire plaisir ? Les sauver ?


Il ne s’agit pas du stérile désir d’impossibles voyages dans le temps, ni de voyages dans l’espace, ni de la découverte d’entités extraterrestres, il s’agit seulement d’un corps et de l’esprit qui lui est conjoint, figés dans une réalité qui leur est insupportablement insuffisante. A chaque instant, chaque seconde, chaque heure de chaque journée, l’irrésistible impulsion qui dicte à un individu que sa place est ailleurs. Aucun attachement, aucun autre attachement que celui, si ferme, qui nous relie à la seule chose (à la seule personne en vérité) ayant le pouvoir de nous apaiser, sans pour autant nous donner la garantie que cela suffira (mais qui sait ?). Car oui, comment peut-on à la fois avoir le sentiment d’appartenir au passé et à l’avenir, mais jamais à son présent ? Comme si, à chaque seconde, on était tiré dans l’une ou l’autre de ces dimensions temporelles ? Pire, comme si chaque expérience vécue par autrui et relatée dans un livre ou par un quelconque autre moyen faisait écho de la plus incroyablement juste façon en soi, dépassant de loin le simple concept d’empathie ? Comment peut-on appartenir simultanément à un ailleurs et au centre même de sa personne, sans jamais appartenir à un ici ? Voir chaque nouveau paysage, chaque nouveau ciel avec un profond émerveillement plus proche du déjà-vu que de la découverte, plus proche des retrouvailles avec une matière connue et aimée que d’un lever de rideau sur une vision entièrement nouvelle ? Quel phénomène peut nous faire fondre pour le son du luth, autant que pour celui des percussions électroniques ? Quel démon de l’inertie a le pouvoir de nous river au sol lorsque l’on brûle (littéralement) de la nécessité du mouvement, permanente, grandissante ? Quel démon du paradoxe nous tente par les visions d’une vie rangée tout en nous imposant le besoin de fuite solitaire ? Quel monstre de contradiction nous aimante aux livres tout en nous dégoûtant des voies pavées qui nous enseignent leurs contenus ? Quel farfadet cruel nous gratifie d’un sentiment d’immortalité neutralisé par la conscience de l’imminence de toutes fins ? Quel ignoble tyran nous fabrique capables de tant d’amour et nous pousse à refuser de donner sa plus belle forme à ceux et celles qui le demandent, quel ignoble tyran nous rend exclusifs, tendus sans aucun bon sens vers le seul havre que l’on ait, un jour ou un autre, identifié, qu’il soit consentant ou non, libre ou non ?


Sauvage et domestique, dévoué et insaisissable, ailleurs, condamné à perdre les personnes que l'on aime et/ou qui nous aiment parce qu'elles ne peuvent pas nous suivre dans ce voyage solitaire de l'âme à travers le temps et l'espace, ce n'est pas la malédiction de ce seul personnage de série, Le Docteur. D’ailleurs, un personnage de fiction peut-il être maudit ? N’est-ce pas plutôt, globalement, le lot du commun des mortels... et en l’occurrence de ce mortel-ci, celui qui s’adresse à vous, maintenant, ici, dans un des rares moments où sa présence est totale.

Ceux qui liront ces lignes riront peut-être un peu, ou encore se laisseront aller à une manifestation d’empathie pour ce pauvre esprit noyé dans ses chimères, si éloigné du ‘monde réel’. Je ne pense pas mériter l’une ou l’autre réaction. Je ne pense pas mériter l’énergie d’un jugement. Je me contenterai de paix et de la liberté de pensée dont ma nature humaine me permet de jouir. Cependant, si quelqu’un tient malgré tout à poser un œil critique là-dessus, qu’il lise ce qui suit avant de donner son verdict.
Ce n’est pas seulement le vague fantasme d’une vie plus vaste, plus dense, plus belle qui me pousse à écrire ici, mais plutôt la conscience d’une incarnation pour une fois à 1oo% fidèle à ce qui vit en moi. Tous les temps, tous les mondes, toute cette palette d’émotions dont chaque échantillon a le pouvoir de renverser, d’élever ou de tuer, en un battement de paupières. De toutes mes forces, je souhaite pouvoir interdire à chaque personne dont l’esprit serait traversé par cette idée de tenter de me dissuader de battre des paupières autant que je le voudrai. Je battrai des paupières sans jamais m’arrêter.

C’est ma solution, ma vie, mon choix..

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Mardi 16 décembre 2008


J'ai déjà reçu des lettres mieux tournées que la correspondance de la Marquise de Sévigné.
D'autres plus tranchantes qu'un couteau;
D'autres drôles à mourir;
D'autres tristes à mourir.

J'ai déjà reçu des lettres calligraphiées, parfumées et cachetées;
Des brouillons rapidement datés et signés.
Des cartes postales vides de sens, des cartes postales pleines d'énigmes.

J'ai déjà reçu des lettres interminables, des lettres muettes.
Des lettres groupées, d'autres en plusieurs épisodes.
J'ai déjà reçu de jolies lettres.



Mais j'ai reçu très peu de lettres précieuses.

merci


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Mardi 16 décembre 2008



Ô Joyeuse Saison que celle de Noël!

Voudras-tu un cadeau?
J'ai préparé pour toi un panier de douceurs:

Aiguille à tricoter, liqueurs de toutes sortes,
Petits objets cuivrés, quelques mètres de corde,
Un baril de soldats de plomb tout en couleurs
Et une friandise dans un grand bocal!

Voyons, ne souris pas: Il n'y paraît pas, mais
Cette corbeille est toute remplie de promesses!

Tricoter une écharpe? Quelle drôle d'idée!
Quant aux petits soldats, crois bien que je le sais,
Tu leurs préfèrerais une babiole utile.
Mais regarde un peu mieux...

Vois! J'ai pensé à tout:

Une aiguille peut bien transpercer une gorge,
Un baril de soldats lester un corps occis,
Une corde peut ceindre un cou long, ou petit
Et un doigt de cyanure ambrer mon sucre d'orge.
Je t'ai même donné des couteaux bien pointus
Que tu peux balader entre mes omoplates!



Oui, j'ai pensé à tout et rempli ce panier
De tous les instruments bons pour te libérer!
Tu peux me découper, m'étrangler, me noyer,
Je t'offre ce qu'il faut pour qu'ainsi tu te croies
Enfin exonérée de mon amour pour toi!


Allons, prends ce cadeau! Ne fais pas de manières:
Eliminer pour vivre, il n'y a pas de mal!

Puis...s'il ne te plaît pas, il reste le bocal:
J'y ai rangé mon coeur au cas où tu n'aurais
A la réflexion
Pas tant envie que ça de t'en débarrasser...





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Mardi 11 novembre 2008

...ou
Pourquoi la musique couvre-t-elle la plupart des AJR?



Le cycles de sommeil décalés rendent parfois comme singulier service de permettre des discussions passionnantes avec des personnes de tous milieux et aux goûts qui sortent un peu des sentiers battus.
C'est par leur grâce que j'ai pu découvrir les joies d'un style musical qui n'était pas, il faut bien le dire, dans mes petits papiers, et ce sous le tutorat d'un ami noctambule fort patient.
Mon propos ne vise pas ici à vous faire découvrir le métal (car il s'agit bien de ce qui a lancé la machine), mais plutôt à mettre en lumière un phénomène physiologique curieux observé sur ma propre personne lorsqu'elle est confrontée à un environnement sonore, quel qu'il soit et, par extension, à chercher à comprendre le pourquoi et le comment de nos affinités toutes humaines avec cette indispensable merveille qu'est la musique.

N'étant ni suffisamment orgueilleuse pour me prétendre joyeusement extraterrestre, ni assez saine d'esprit pour m'estimer effectivement saine d'esprit, je vous propose donc de partir du principe que les tests décrits ci-dessous ont eu pour cobaye nul autre qu'une créature isolée portant son lot de singularités non définies et donc qu'ils n'aspirent aucunement à la vérité scientifique qui serait pourtant espérée dans pareille étude.
Pour donner dans la concision et la clarté, disons simplement qu'il ne s'agit en rien d'une étude et contentons-nous de parler d'anecdote illustrée.

Vous pourrez vous-même vous amuser à faire quelques petites expériences diurnes et nocturnes et, si je n'ai pas le métabolisme résolument détraqué, il se peut que vous découvriez vous aussi quelques petites choses étonnantes concernant les effets (in)désirables de la musique sur le corps humain.



Tout a débuté dans mes jeunes années, lorsqu'il commençait à m'être impossible de m'endormir dans un état autre que l'épuisement corporel et mental le plus total. Equipée de mon vétuste discman bleu nuit et de ses écouteurs obèses et peu ergonomiques, je m'étendais sous mes couvertures, un index sur la molette de réglage du volume et les yeux grand ouverts sur le plafond granuleux de ma chambre.

Les notes qui parvenaient à mes oreilles me plongeaient doucement dans un état second proche de l'inconscience et je passais ainsi de longues heures, ni endormie, ni tout à fait éveillée, à ressentir au fond de ma poitrine les paisibles battements de mon coeur tandis que ma cage thoracique se soulevait à l'unisson. En guise de Nota Bene, j'ajouterai que je n'ai jamais vraiment eu des rythmes cardiaque et respiratoire très réguliers: il m'arrive souvent la nuit de ne plus respirer sur de longs intervalles et il n'est pas rare que mon coeur accélère ou ralentisse sans raison apparente. Tout cela pour dire qu'un prodige tel celui qui m'était offert à l'écoute de l'album dont il est question avait de quoi m'épater sérieusement.
C'est donc ainsi que j'ai découvert le lien intime qui pouvait relier un (mon?) métabolisme aux flux qui me passaient par les oreilles, grâce à un album de Sigur Ròs, Agaetis Byrjun.

Les années passant, ce phénomène s'est répété et étendu: il ne suffisait plus à la musique de régler mon mécanisme interne la nuit, elle a donc pris ses droits sur chacun des moments pendant lesquels je lui laissais un accès direct à mes tympans (ce qui revient à dire à propos d'une accro aux appareils de musique mobiles: l'essentiel de la journée).

Votre servante n'est pas du genre à aller se trémousser sur des pistes de danse, mais je présume que mes expériences, qui ne peuvent arriver sous cette forme qu'aux mélomanes nocturnes, sont partagées en une toute autre mesure par ceux qui arpentent les dancefloors, à cette nuance près que, dans mon cas, le mouvement consécutif à l'écoute n'est pas délibéré. On ne peut pas dire que mon muscle cardiaque 'danse' sous les impulsions de mon libre arbitre et soit par là comparable aux mollets embrasés d'un roi des pistes.
Votre servante n'est d'ailleurs pas du genre à se trémousser du tout. S'il m'arrive parfois de sautiller telle Carrie Ingalls dans mes quarts d'heure de folie ou de frapper du bout des doigts un rythme sur la couverture d'un livre, je n'ai pas pour habitude de manifester d'une quelconque façon que ce soit mes émotions musicales. Il est important de le savoir, car cela semble signifier que l'émotion, pourtant présente, se doit d'être exprimée d'une manière ou d'une autre. D'où la farandole de battements cardiaques, d'où le souffle parfois court, parfois surabondant, d'où les syncopes amorcées devant de trop fortes sources de ravissement. D'où, en somme, le caractère vital de toute forme de musique dans une existence telle que la mienne, incarnée en une éponge à vibrations humanomorphe.
C.Q.F.D.


Il n'en fallait pas plus pour me décider à 'tester' cette curiosité.
Un peu d'encens (pour le paysage olfactif, tout aussi important, même si ce n'est pas le sujet du jour), une pièce sombre, une position allongée, l'index et le majeur plaqués sur la jugulaire et les sempiternels écouteurs vissés aux oreilles, distribuant à loisir les morceaux les plus variés, les plus étrangers les uns aux autres.
Hypothèse formée: tout se cale, comme un engrenage bien propret initié par chaque changement de rythme et de thème.
On mouche le bâton d'encens: rien ne change.
On rallume la lumière: rien ne change non plus.
On se relève: les effets sont toujours les mêmes.
Hypothèse définitivement confirmée*: Grands Dieux! Ma cage thoracique est un ampli Hi-Tech!


(*A condition, bien sûr, d'être dans des circonstances raisonnables et non pas en proie à des interférences farfelues: il serait ridicule de faire un marathon avec un morceau lent et aérien en espérant que mes pauvres ventricules de sédentaire restent sages!)


Il n'est donc pas surprenant qu'en plus de l'usage commun qui est fait de la musique, on puisse en développer un second en relation directe avec ses besoins émotionnels du moment. Il ne s'agit pas de faire de la musique une réserve d'ingrédients susceptibles de participer à l'élaboration de potions d'humeurs artificielles (qui voudrait entretenir une dépression ou se rendre délibérément agressif?), mais au contraire, de l'exploiter dans le but de rééquilibrer un panel d'émotions trop fortes.
Je ne dis pas non plus qu'on ne peut pas de temps en temps se laisser aller à quelques bénéfiques implosions cardiaques: c'est très sain et imbattable pour se sentir vivant!


Utilisons Björk et son charme islandais pour illustrer partiellement ce propos.

Pour canaliser la colère, sans toutefois tenter de la réprimer

Découvrez Björk!


des cordes électroniques perchées qui régulent l'irritation, des percussions saccadées, soutenues par d'autres, sourdes, qui invitent au mouvement, un texte renvoyant à ses bas instincts de chasseur, une voix sans violence mais ferme...



Pour évacuer le stress

Découvrez Björk!


le morceau se passe de commentaires, mais s'il en faut: motif répétitif enrichi à chaque cycle, alourdi, accéléré, une voix qui éclate, texte évoquant prise en main, renouveau et décisions irrévocables...




Pour la contemplation


Découvrez Björk!

bruits naturels, voix aérienne, carillon discret, rythme peu marqué, tout ce qu'il faut pour entretenir une certaine paix intérieure...




Pour se mettre en joie

Découvrez Björk!


que ceux à qui ce morceau ne donne pas envie de devenir Françoise Dorléac dans Les Demoiselles de Rochefort me jette la première pierre...!




Les exemples de la même veine font foison.
Je n'ai pas utilisé Björk de façon fortuite. La première raison est sans doute que je l'apprécie immodérément, mais pas seulement. Une partie de la 'théorie' farfelue que je tente de découvrir ici est illustrée par son travail et en particulier celui conjoint avec Lars Von Trier dans l'excellentissime Dancer in the Dark. Ce film voit son héroïne tisser intégralement sa vie comme une comédie musicale, utilisant et combinant les sons du quotidien et les rythmes qu'ils forment pour trouver un palliatif fantasmé à la dureté de son existence. C'est le même processus, seulement un peu plus poussé. Le son entre, éveille des mécanismes, qui engendrent non pas ici une intériorisation spectaculairement égoïste, mais au contraire, sont extériorisés à l'extrême, englobant tout, jusqu'à la réalité elle-même.




Pour en revenir brièvement à l'inspiration de cet article qui, ne l'oublions pas, était une série de discussions nocturnes avec un métaleux complet et averti aux influences variées, je vous laisse imaginer l'état d'un coeur après ce traitement !


Découvrez uneXpect!






Mais voilà, nous ne sommes toujours pas arrivés là où je voulais vous emmener.
Le sous-titre de cet article était: ''Pourquoi la Musique couvre-t-elle la plupart des AJR (les 'Apports Journaliers Recommandés', comme ceux qui ont, depuis l'invention des céréales matinales, contribué à vous faire préférer telle marque à telle autre)?'.

Un être humain normalement constitué (admettons arbitrairement que j'en fasse partie) et à la sentimentalité équilibrée (idem) dispose d'une sorte de 'jauge' interne qui se remplit au fur et à mesure des émotions ressenties. Je vous pose cela comme une évidence et de façon très grossière et imagée, mais pour ma défense, je n'ai toujours pas de prétention scientifique sur le sujet: c'est à peine un constat généralisé suite à une observation tout à fait subjective, bien que scrupuleuse, du monde qui m'entoure. Des professionnels du corps médical sauraient sans doute l'exprimer de façon plus sérieuse et convaincante, mais je ne cherche pas non plus à séduire ce public. Bref. Cette 'jauge', si elle n'est pas assez remplie, fait de son détenteur une créature souffrant de carences, tandis que trop remplie elle a tendance à engendrer une surémotivité tout aussi néfaste.
Je ne rentre pas dans le charlatanisme théorique en affirmant que la musique a, selon les personnalités, un rôle plus ou moins conséquent mais certainement pas anodin.
Plus qu'un 'ornement utile', la musique devient vite un matériau indispensable à la construction émotionnelle d'une personne, surtout à notre époque où le sentiment vrai est souvent remplacé (à son grand désavantage) par le sentimentalisme artificiel.
Quittons d'un oeil mes fantaisies cardio-pneumologiques pour le poser sur cette problématique plus générale et constater que, si la musique (en tant que succession de sons et pas en tant que verbe véhiculé par mélodie) est capable, plus que tout autre art, de réveiller en chaque personne des sensations suffisamment intenses pour générer d'importantes réactions physiologiques, elle peut tout à fait pallier efficacement à la plupart des besoins émotionnels d'un être humain normalement sensible (je vous passe les détails dans le cas où l'humain en question est un hyper-sensible de naissance!).


re-C.Q.F.D.



et en guise de redondance récréative, je vais maintenant répondre à la question non posée: 'Pourquoi la Musique Baroque couvre-t-elle la plupart de mes AJR?'


Anti-colère

Anti-stress

Anti-vide

Anti-nonchalance (ou pro-joie de vivre, c'est selon!)



Pro-contemplation

Pro-énergie

Pro-émotivité active



etc, etc, etc...

Alors? pas volé ce C.Q.F.D.!





En annexe et pour prouver que je ne suis pas la seule à palabrer sur les effets réels ou supposés de la musique sur le métabolisme:
http://www.psychomedia.qc.ca/pn/modules.php?name=News&file=print&sid=3857
http://www.musico-therapie.com/mapage1/index.html


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