Pendant longtemps, j'ai cru que le droit à des perspectives d'avenir
n'appartenait qu'aux diplômés, parce que moi-même j'envisageais de longues études et étais alors suffisamment orgueilleuse pour que l'idée de partager le droit d'accès à certains postes avec des
personnes qui n'auraient pas suivi au moins aussi consciencieusement que moi les voies royales de l'éducation nationale me rende furieuse.
C'était là le fruit de l'éducation reçue de mes parents, de l'application que les médias mettaient à véhiculer cette idée et de toutes sortes de pressions absurdement nées dans mon esprit carré
de première de la classe.
Sans surprises, le dégoût qui finit par naître en moi du système universitaire m'ébranla beaucoup. En fait de dégoût, il s'agissait plutôt de déception, ajoutée à la perception sensible sur ma
personne d'un manque d'adéquation entre les enseignements proposés (moins d'ailleurs leur contenu que leur manière d'être présentés) et ma conception globale de la Connaissance, et plus
généralement du Monde et de la Vie elle-même.
Sans être tout à fait ouvertement rebelle, j'avais néanmoins atteint un seuil de légère asociabilité totalement irréversible, seuil au-delà duquel je me trouve toujours aujourd'hui
Lorsque l'on n'a jamais juré que par les études et le désir d'engranger un maximum de connaissances pour pouvoir un jour finir avec joie entre les rayonnages de la bibliothèque d'un centre
d'études et de recherches, la soudaine conscience de ce 'dégoût' est vécue comme une véritable catastrophe, une véritable désorientation.
La façon dont je me suis affranchie à la fois de la culpabilité de quitter cet univers qui était jusqu'alors tout pour moi et des préjugés élitistes qui l'avaient faite naître ne m'est pas encore
assez claire pour en faire l'analyse précise, mais je sais toutefois qu'elle est passée par l'observation avide des personnes qui me prouvaient par leur parcours et leur détermination que la
réussite n'avait pas un mode d'emploi figé. Mais aussi par le rejet compulsif des autres personnes qui me montraient l'inverse, sans les mépriser bien sûr, mais en les évitant autant que
possible. Le discours de certains amis me maintenant que les diplômes ne rimaient à rien me consolaient et me consolent toujours, même si je suis tout à fait lucide sur la véracité et la
consistance de ces assertions.
Paradoxalement, cette émancipation du beau joug de l'E. N. est autant teintée de détermination et de foi que de l'omniprésence d'une confiance diminuée en mes propres capacités.
Aurais-je les capacités intellectuelles nécessaires à la survie dans un cursus universitaire? Voilà la question qui me revient sans cesse en tête sans que je ressente pour autant le moindre désir
de savoir ce qu'il en est. Absence de désir, orgueil, ou peur?
Aujourd'hui, alors que je tente de me frayer un chemin dans le monde sans ces diplômes qui, il y a peu, me semblaient plus précieux que des trésors antiques, je suis tiraillée entre le
constat quotidien de leur effective utilité (la mention 'bac+2 minimum requis' au bas des formulaires d'emploi) et le véritable acte de foi que je fais de persister à croire que le monde de
l'emploi est comparable à ces cahiers de travaux pratiques que nous avions au collège: une page quadrillée pour les démonstrations, les explications et les formules et une autre en vis à vis
pour les croquis et les essais. Une voie d'offre et de demande bien rangée, bien nette, bien administrée et une autre, faite de tourbières et de papillons, pour les asociaux légers, c'est à
dire les artistes, les aventuriers, les aventureux.
Marginalisation délibérée? Non. La page blanche des cahiers de travaux pratiques n'est pas leur marge: ils en ont déjà une, du côté quadrillé, destinée aux astérisques, aux compléments, aux
contenus sommaires, aux inaboutis. La page blanche n'est pas faite pour les compléments et les inaboutis, elle est faite pour les autres perspectives.
Je voudrais participer à ces autres perspectives, participer à leur création, à leur épanouissement.
Je voudrais prouver qu'un autre chemin est toujours possible.
Au moment où nous la retrouvons, Yoshie est déjà adulte. Ce voyage à grande
vitesse dans sa vie, cette ellipse entre ses huit ans et ses X ans me sera pardonnée car je ne vous avais pas promis de suivi temporel logique de son évolution. Quand vous connaîtrez un peu mieux
Yoshie, vous saurez que ces indications temporelles ne sont de toute façon pas significatives car Yoshie est aujourd’hui la petite fille qu’elle était jadis et la femme mûre qu’elle sera un jour,
tout à la fois. Yoshie est un modèle de constance en matière de comportement et dans toute sa brève vie, malgré les changements profonds qui marquent chaque personne et qui en paralysent ou
accélèrent le cœur, elle ne cessera jamais de divaguer plus vite que l’éclair vers tous les terrains connus ou inconnus par l’âme humaine. Seulement, maintenant qu’elle a grandi, lesdites
divagations sont peut-être un peu moins enfantines, juste parfois. Elle rêve toujours qu’elle vole ou vient d’une autre planète bien sûr, s’interroge toujours sur l’étymologie de certains faits
de langue et sur la composition de la chair des ovipares, mais pas quand elle est grave. Et en l’occurrence l’étreinte, pour elle, est un moment grave autant
qu’euphorisant.
Une minute, toujours une minute, et toujours rien qu’une minute, c’est la durée
que je vous propose une fois encore de passer dans sa tête, afin de vous éclairer sur le potentiel de vélocité et de bourgeonnement du cerveau humain, qui ne s’arrête pas d’être
fascinant.
Situation :
Yoshie a entre vingt et trente ans (on ne divulgue pas l’âge précis d’une
Dame, c’est impoli). Elle est raisonnablement heureuse. Heureuse car amoureuse, mais ‘raisonnablement’ car malgré tout, beaucoup de petits soucis viennent régulièrement ternir son euphorie
sentimentale. Toutefois, au début de notre minute, elle ne laisse pas de prise à ces bémols et son esprit est tout entier à sa joie et pour cause : elle tient l’objet de ses pensées dans une
étreinte serrée qui lui prodigue le plus grand bonheur. Le moment est parfait, une brise douce glisse sur sa nuque en même temps que la main de l’être aimé et son parfum vient enchanter ses
narines, son cœur est paisible et sincère est son sourire. En somme, elle ne pense plus.
Pendant une fraction de seconde, mettons ça sur le dos d’une forme ou d’un son
perçus dans son environnement proche, d’un infime changement de lumière ou de température, le cerveau de Yoshie jusque là imperméable à toute pensée va s’ébrécher de façon imperceptible. C’est
plus qu’il n’en faut à des perturbations latentes pour s’y infiltrer et commencer la germination.
Yoshie pousse un soupir de bien-être.
Trame de la
pensée :
Je suis seule.
Et si on me mentait ?
J’ai confiance. A tort ?
Je devrais être meilleure...
Je suis heureuse !
Je dois arrêter de penser. Je m’insupporte. Je dois aussi
l’insupporter.
(Le cri)
Détail et digressions, point par
point :
Je suis seule.
Les seules fois où j’aie été bien avec quelqu’un résultaient toujours en un vif
sentiment de solitude, le moment où la présence de l’autre m’a semblé tellement naturelle que j’ai instinctivement renoncé à tous mes masques. Là, je ne porte plus de masque, je suis bien, je
suis seule. Je suis seule... Plus personne pour m’intimider, me pousser dans mes retranchements, plus de juge...plus de guide non plus, plus personne pour me rassurer, pour m’apaiser... Je suis
seule et exposée. Exposée, oui, c’est ça, comme une pellicule photographique livrée à la lumière, je n’ai jamais vraiment compris comment ça fonctionnait, une empreinte lumineuse, mais assez pour
savoir qu’une pellicule ne doit pas être exposée. Si la lumière s’impose sur la surface du papier photo, le propos tenu par l’image disparaît, la photo perd son identité... Quand je suis seule et
exposée, moi aussi je perds mon identité, je perds mon calme, je perds ma sagesse, je perds mon flegme et ma logique, je perds ma tempérance, je perds tous les contours qui me définissent, comme
la photo. Il faut d’ailleurs que je regarde sur google si je trouve la réponse à cette histoire d’empreinte lumineuse pour la photo, que je comprenne comment ça marche. Je suis seule, je pense
librement, attention, je vais encore penser trop. Trop et n’importe quoi, par exemple, qui me dit qu’on ne me ment pas ?
Et si on me mentait ?(son étreinte se relâche, son souffle
s’arrête)
Pourquoi est-ce aussi fort, ce sentiment que l’on me ment, que l’on ne me ment
que pour m’épargner parce que l’on me trouve ‘pure’ ou ‘attendrissante’ ? C’est comme ça à chaque fois que je traîne un peu trop longtemps sur le sujet en pensées. Il est impossible qu’on ne
me mente pas, maintenant que j’y réfléchis mieux : je suis trop gourde pour qu’on ne me mente pas. Il y a trop de menaces dans le monde, trop de menaces partout qui pèsent sur la pureté des
sentiments. Les miens ne sont jamais sous la menace, pourquoi ? On m’a trop menti par le passé, le monde est duplicité. Pas moi pourtant. Mon dieu, est-ce ça l’orgueil ? C’est
douloureux en tous cas, je comprends pourquoi il s’agit d’un des sept péchés capitaux, l’orgueil. La paresse, la luxure, la gourmandise, l’avarice… et les autres, je ne me souviens jamais...
L’avarice je l’ai déjà dit... Avec l’orgueil ça fait cinq. L’envie oui ! L’envie et...et... la colère bien sûr ! Bref, le pire, c’est bien l’orgueil, c’est le seul dont je souffre,
parce que c’est forcément de l’orgueil ça, ou de la paranoïa ? De l’orgueil, oui. Croire que je suis la seule à ne jamais avoir de pensées portées vers la duplicité, le mensonge ou la
trahison... Pourtant c’est vrai, je suis toujours entière et ai toujours été dupée par des personnes qui abusaient de ma confiance, qui finissaient peut-être par la prendre (à tort, oh oui à
tort !) pour de la commune indifférence. Mais non, je suis idiote, j’ai toujours pensé que la confiance méritait d’être donnée a priori.
J’ai confiance.
Je lui fais confiance. Pas cette personne-là, je me refuse à la croire encline à
la moindre duplicité. C’est une certitude (son étreinte se resserre, son souffle accélère, ses doigts plongent avec tendresse dans les cheveux de sa moitié). Le monde me ressemble, sinon,
comment toutes ces belles histoires où les sentiments sont purs auraient-elles vu le jour ? Cela ne peut pas qu’être le fruit de l’imagination d’une poignée d’incurables romantiques ou de
jeunes filles fleur bleue. Je lui fais confiance ! C’est évident, c’est si fort, si présent en moi, cette confiance. Sans cette confiance, je ne ressentirais rien de tout cet amour ( ?
oui.). Je lui fais confiance, si mes sentiments sont purs et que je suis toujours honnête, personne ne peut bafouer cette sincérité. C’est une chose contagieuse. Et son visage, au moment où il
est traversé par un sourire, un sourire pour moi seul, ce visage là ne peut pas mentir. Sa belle présence, sa présence si intense, cette présence totale ne saurait être un leurre. La présence du
fuyard ? Ah oui, je suis, j’ai été une fuyarde moi aussi, je sais ce que c’est. ‘Quand je suis avec toi je suis avec toi corps et âme’ disais-je, sans mentir. Et j’ai cessé de le dire un
jour, pour ne pas mentir, toujours. Mais même avant ça, ‘quand je ne suis pas avec toi, je ne suis pas avec toi’. Je n’aimais pas alors. Aujourd’hui, c’est différent. ‘Je suis avec toi même quand
tu n’es pas là, et parfois, avec toi, je suis seule, comme maintenant, seule parce que je suis heureuse et que tu me libères de mes masques’. Mais cette solitude lyrico-symbolique est dangereuse,
elle me laisse le temps de penser. Elle me laisse le temps de douter, malgré la confiance absolue que chaque centimètre carré de ma chair ou de mon âme a pris la décision de lui donner. Tant de
confiance ne peut pas rester sas écho. Ai-je tort ? Car enfin, si la sincérité est une chose qui devrait être acquise à chacun, elle n’est pas la seule en jeu. Il reste le problème des
sentiments et de leur réciprocité : Les sentiments que l’on veut tourner ou conserver à son propre avantage, ça se mérite. (L’étreinte se relâche, ses épaules et ses poignets comme
désarticulés par son soudain sentiment d’impuissance retombent avec douleur)
Je devrais être meilleure...
(La pensée se glace un instant : la peur a pris le dessus pendant la
durée d’un éclair, mais Yoshie a appris à maîtriser cette peur ou du moins à en amoindrir les effets. La pensée reprend donc.)
Si j’étais meilleure, plus grande, beaucoup plus grande, dans le sens de ‘plus
dense’, ‘de plus vaste envergure’, si seulement mon archée s’étendait un peu, je l’entendrais me dire, dans le silence de confession de ses yeux ‘je suis avec toi, même si quelque distance nous
sépare’. Je l’entendrais me le dire, me l’écrire, me l’envoyer par ondes téléphoniques ou télépathiques, toujours. Si j’étais meilleure, je ne risquerais rien, ni sa lassitude, ni les autres, ni
l’autre qui a (ou ‘a eu’) tant de place dans sa vie. Non, pas ‘a eu’. A. Cette place est toujours sienne, je le sais. Et la mienne si petite, si difficile à creuser, à coups timides de silences
et de demi-mots, là où je voudrais lancer un bulldozer de questions et de plaintes égoïstes et m’aménager une place immense. Mais je ne suis pas assez. Pas surprenant, écoute-toi Yoshie, si tu
lui laissais un chemin jusqu’à tes pensées, si tu le laissais arpenter à qui que ce soit d’ailleurs, leurs esprits exploseraient, leur cœur serait déchiré entre les ascensions fulgurantes et les
véloces dégringolades que tu endures chaque jour au décuple. Oui, leur esprit prendrait feu, comme le tien ma vieille. Par quel miracle es-tu encore là, debout, alors qu’à chaque seconde, comme
maintenant encore, des pensées par milliers se bousculent entre les parois intérieures de ton crâne. Ah ! Je voudrais parler à voix haute, mais cela lui ferait peur (Yoshie referme ses
bras, fort, espérant détourner ainsi l’énergie qui l’urge de vocaliser). Vocaliser une partie de mes pensées, pendant que mon cerveau est à toute autre chose, c’est un soulagement minuscule,
mais ce n’en est pas moins un soulagement et, en tant que tel, infiniment bon à prendre. Juste quelques mots à voix basse. Mais lesquels ? Choisir avec justesse... Il y en a bien, qui
formulent la pensée latente de mon esprit, et ces mots seraient confortables à utiliser à bas volume, bien que risqués. Les vocaliser juste le temps de ressentir ce que cela fait de ne pas
seulement éprouver leur théorie et leurs conséquences psychiques, mais aussi de voir leur réalité physique et sonore. Même tout bas, plus fort, je n’oserais pas, je n’ose plus... Des mots mal
reçus par leur destinataire sont plus douloureux pour celui qui les envoie que si on l’insultait ouvertement sans vergogne. Allez, j’essaie quand même (Yoshie murmure une pincée de syllabes
inaudibles et ceint le corps aimé dans ses bras un peu plus fort, son cœur bat la chamade). Oh ! Mon cœur part encore dans ses fantaisies. Quel prodige tout de même que les battements
d’un cœur qui va alimenter la machine complexe d’un métabolisme avec plus de vigueur pour la simple raison que trois mots prononcés suffisent à monter le seuil de vigilance de tous mes sens à
leur maximum... Je sens le duvet de ma nuque se hérisser. Est-ce à cause de sa main qui s’est faite hésitante ? Quelle est sa pensée, quelle est sa réponse ? Ah ! Pas d’écho :
je le savais, je devrais être meilleure. Là, maintenant, tout de suite, quelle que soit l’intensité de mes sentiments, je ne suis pas à la hauteur.
Je suis heureuse !
Mais je tiens son corps dans mes bras, son visage me sourit, ses yeux
étincellent, je suis heureuse !
(La pensée se tait)
Je dois arrêter de penser. Je m’insupporte. Je dois aussi
l’insupporter.
(Mais le bourdonnement fait rage une fois encore) Tout cet infernal
tintamarre cérébral ne s’arrête pas et doit bien finir par échapper de ma boîte crânienne pour aller lui siffler dans les tympans. La pensée audible, idée curieuse et pourtant, les ondes sont
bien audibles, elles. Les remous qui agitent le Tartare qui prend sa source ici ne peuvent pas être silencieux. Je ne veux pas qu’ils l’atteignent. Laissons son ‘quand je suis avec toi, je sui
avec toi’ tranquille, je refuse de l’écourter. Je refuse. Les ondes tapent pourtant à mes tempes, quel bruit. Des ondes matérielles, la pensée télépathique est-elle une pensée bouillonnante
rendue audible par sa corpulence ? Je verrai ça sur google. La science doit pouvoir le dire. Oh je t’en prie, n’entends pas mes doutes, n’entends pas le brouhaha, ne le laisse pas venir
troubler la quiétude de ce moment où toi et moi sommes ensemble dans cette étreinte si confortable. Ne me laisse pas trop longtemps seule dans mes pensées, je suis heureuse aussi quand je n’ai
pas trop le temps d’y barboter. Je suis heureuse, avec toi, heureuse que tu existes. Je voudrais que tu partages ce bonheur, pas seulement quand je suis là et toi juste ici, mais aussi quand tu
es chez toi, ou là-bas, ou ailleurs, dans un ailleurs où mon enveloppe corporelle n’est pas présente... Je ne sais pas tout ça. Je n’en sais rien. Ah ! Je ne veux pas que tu
l’entendes ! Le bonheur reste le bonheur, sans conditions ! Je veux me taire ! Fais-moi taire, serre-moi ! Je dois me taire ! Je risque de dire des choses que tu ne veux
pas entendre, comme ce que j’ai dit tout à l’heure, bien trop bas, pour ne pas t’incommoder, ce que tu n’as pas partagé, ce que sans doute tu ne penses pas... Je veux me taire, serre ! Mon
esprit brûle et la science ne l’explique pas ! Mon esprit brûle !
(Le cri, intérieur, assourdissant. Elle enfouit son visage dans l'épaule
chérie.)
Loin de moi l'idée de vous entretenir, comme le titre pourrait le laisser
supposer, des appétits des célébrités décédées: je ne crois pas qu'il me serait si aisé que cela de trouver des exemples probants de boulimie post-mortem dans les cimetières Hollywoodiens...
Non, ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est un article lu sur ScienceDaily.com, magazine scientifique anglophone en ligne, article (sobrement!) intitulé "Missing Planets Attest To Destructive
Power Of Stars' Tides" (grosso modo: 'Des planètes disparues témoignent de la puissance dévastatrice des marées stellaires').
Dans cet article, on découvre que les récentes observations de l'espace ont apporté, en plus de la connaissance de nouvelles planètes à l'extérieur de notre système solaire, la certitude d'avoir
été privés de la découverte d'un bon nombre d'autres à cause de la gloutonnerie de leurs étoiles éteintes. On n'ignorait pas que les étoiles mortes se transformaient en trous noirs et que ces
derniers ont pour principale fonction d' "avaler" tout ce qui les entoure, temps comme espace, mais ces points n'étaient vraisemblablement que théoriques jusque récemment.
Ce phénomène est assez fascinant en lui-même et j'aurais pris plaisir à en donner une explication sommaire cueillie au détour d'une page web mais d'une part, tout moteur de recherche qui se
respecte vous en fournira de bien meilleures et d'autre part, ce n'est pas là ce qui me trouble le plus.
En lisant cet article, j'ai été frappée non pas par la superbe complexité de l'Univers qui nous entoure (ah! cela m'arrive pourtant souvent!), mais par la réflexion que je me suis faite et qui
tenait à peu près en ces termes: "eh bien? on ne le savait pas déjà que les planètes étaient englouties par les trous noirs? Quelle arnaque que cet article qui ne nous apprend rien de
nouveau!"
Et pourtant si: du nouveau il y en avait, et du lourd même puisque les premières véritables preuves de ce phénomène avaient été révélées!
Je suis donc tombée dans une profonde réflexion tout à fait existentielle (à chacun de bâtir son existence avec le mortier qu'il veut!). Jusqu'à quel point sommes-nous blasés, nous humains
habitués à voir des galaxies défiler sur nos écrans plasma? Habitués à voir des big-bangs format post-it sur nos téléphones portables? Quel enfant aujourd'hui (encore nabot ou déjà
grandi) prendrait la juste mesure de l'honneur de découvrir l'espace à travers le hublot d'une navette spatiale alors qu'il a déjà été habitué à voir plus grand et plus coloré sur une toile de
cinéma?
A mon sens, le problème qui naît, grandit et pullule sur les écrans est solide. En plus de l'inévitable massacre de l'imagination qui découle naturellement d'une représentation systématique et
modélisée de toute théorie, le danger de tuer l'émerveillement gronde à l'horizon... Heureux sont les épargnés, sauvés de la tourbe du désenchantement par un imaginaire tout-puissant!
"Oui, mais nous sommes moins niais qu'avant, mieux renseignés, plus intelligents." me dira le moderne. Certes. C'est possible. Mais j'avoue pour ma part avoir un faible pour la niaiserie
lorsque celle-ci me laisse l'immense privilège de jouir simplement des merveilles du monde et de ses alentours!
Alors non, je refuse de ne plus m'extasier sur les découvertes de la science sous prétexte que j'ai eu la sottise d'allumer ma télé trop souvent.
Un jour, j'ai eu envie d'écrire des contes tels que je n'avais jamais eu la
chance de les lire étant enfant,
des contes dans lesquels les Princesses pourraient préférer leurs servantes au Prince Charmant,
sans pour autant en faire des véhicules d'un quelconque militantisme.
Juste des contes dans lesquels l'affection entre deux personnes du même sexe serait un facteur négligeable,
une chose aussi naturelle pour l'oeil et l'entendement que s'il s'agissait de la narration d'une histoire
comme on en a toujours lu ou entendu.
L'idée de la création d'un site sur lequel les partager m'a trotté dans la tête pendant très longtemps,
sans que je parvienne vraiment à me décider sur ma propre envie à le voir naître.
Heureusement (ou non, ce n'est pas à moi d'en juger) les longues nuits passées récemment
derrière la réception d'un hôtel m'ont accordé le temps nécessaire à sa mise sur pieds.
Le temps engendrant l'envie, L'Autre Grimoire a vu le jour aujourd'hui même, sur la plateforme over-blog.
La première page de ce nouveau 'blog', qui se réclamme plus du livre de contes que du Blog à proprement parler,
devrait suffire à vous renseiger sur sa nature. Je vous invite donc à la visiter, que vous ayiez ou non ce type d'affections importe peu.
Un contre restera toujours un conte, quoi que l'on y mette...
Le sol ne sera pas mouillé ce matin, lorsque vous mettrez le pied dehors, amis dormeurs parisiens.
Cependant, n'oubliez pas votre petite laine...
Il y a toujours quelqu'un qui veillera sur vous, Qui oeuvrera pour votre sourire, Qui sera votre bras droit quand vous n'aurez plus que le gauche, Qui vous apportera à boire quand vous aurez soif, la nuit, Lorsque vous regarderez avec des yeux écarquillés votre petite veilleuse...